« Un grand vin, il doit toujours être bon; il ne doit pas avoir d’excuses. »

Cette vision du vin d’Henri Jayer, – citée par Philippe Bourguignon dans son dernier opus « Sommelier à mots choisis » (page 177) – est assez redoutable dans la mesure où bien trop souvent, aussi bien chez des amateurs ayant le verbe haut ou chez des vignerons approximatifs, on nous raconte : il est trop jeune, il est trop vieux, c’est la lune, c’est pas le jour, il a trop voyagé, que sais-je encore !

Il est assez singulier, également, de constater à quel point ces excuses sont octroyées la plupart du temps en proportion de la réputation marketing ou de la renommée (fausse ou réelle) du vin dégusté. Disons qu’il faut un certain courage pour ne point excuser un Premier bordelais ou un Grand Cru bourguignon.

C’est là que les échanges, à la fin des dégustations du Grand Jury Européen, avant que le nom des vins proposés soit donné aux dégustateurs, que les mots prenaient tout leur sel. C’était passionnant d’entendre ensuite un tel justifiant crânement son commentaire alors que tel autre évoquait sa petite forme. On a eu de beaux moments en mémoire – … et en vidéo … – sur ce plan :-). Certains allaient même envisager que nous avions servi des faux, alors même que, retournée à la propriété, son responsable ne confirmait nullement cette possibilité. … Toute une époque, du temps des grandes heures ! …

Ce dernier livre de Philippe Bourguignon est véritablement un petit chef d’oeuvre. Lisez la page sur le vin jaune, pleine de retenue, tant il exprime un réel respect, un amour constant pour ce vin si particulier ! On sent qu’il a en tête quelques gros mots pour fustiger les incompétents notoires, ceux qui confondent vin jaune et vin de paille ! (page 172). Mais bon : s’il est une chose que Philippe a retenu de ses passages dans la haute restauration et chez les plus grands vignerons, c’est le sens de la retenue et de la mesure. Quand l’excès est chose courante chez certains – catégorie à laquelle, hélas, j’appartiens – Philippe, en nonce apostolique qu’il eût été à une autre époque, gomme vos erreurs, relativise vos dires, et vous remet dans le droit chemin des choses honnêtes. Un Maître !

Philippe par Peter Knaup à la première session du GJE en 1996. Le cheveu était net, maîtrisé et le nez comme premier outil d’une juste dégustation. L’oeil et la bouche suivaient en harmonie.

On aura certainement l’occasion d’aborder d’autres sujets en partant des observations de Bourguignon telle que celle sur les vins casher (page 64). Une petite merveille d’humour discret.

Comment ! Vous n’avez point reçu cet ouvrage majeur sous votre sapin ? Corrigez vite la chose ! Votre libraire en aura encore quelques uns réservés à ses amis sybarites.

La photo du billet fut prise à l’occasion de la session du GJE à Tokaj, une époque où Louis Havaux tutoyait en large embrassade les poteaux téléphoniques, où le bizut Philippe Maurange regardait les dames avec une gourmandise quasi discrète, où l’émotion fut totale lors de la visite des caves d’Oremus, mais surtout une session de dégustations de tokajs où, systématiquement vinrent en première position, aussi bien chez les dégustateurs du GJE que chez les vignerons locaux invités, les vins ayant le taux de sucre résiduel le plus élevé. On a eu grosso modo les mêmes effets lors d’une dégustation de champagnes. Comme quoi, relativité et modestie doivent rester les concepts de base chez tout dégustateur qui ne se monte pas du col !

Louis Havaux, un vrai belge de Père et de Mère !
Que mes lecteurs me permettent un moment de vanité et d’orgueil ! Pour les sessions où les vins devaient rester à une basse température, j’avais imaginé et fait réaliser des rafraichissoirs où on gardait ainsi en glace mouillée dans des verres spéciaux une partie du vin servi à chaque dégustateur. Qu’on ne vienne pas me dire qu’on manquait de respect pour le vin, fan de zou ! Et Didier Bureau, caustique comme toujours, pourra vous confirmer la chose.

Un commentaire sur “« Un grand vin, il doit toujours être bon; il ne doit pas avoir d’excuses. »

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  1. Mine de rien : si vous ne savez point ce qu’est un LITEAU, voilà une raison majeure pour acheter ce livre joyeux et plein d’enseignements de Philippe Bourguignon !

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