Grappillages de week-end 2018 – 2 avec le PC4 de Bernard Magrez.

Un mien ami, particulièrement soucieux à la fois de portions respectables et de fromages dignes de ce nom, aura l’occasion, au prochain Wine Symposium à Villa d’Este (VDEWS), de commenter ce fromage particulier, résultat d’un mariage étonnant entre l’Angleterre et l’Italie.

On vous dira tout.

Mais la nouvelle du week-end est la double page du Figaro d’hier, samedi, que je me permets de mettre ci-dessous en copie avec tout le respect dû au © de ce Quotidien consacrant régulièrement de belles pages au monde du vin.

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Où on apprend par Axel Marchal, qui sera un de nos conférenciers à Villa d’Este qu’une molécule d’astilbine a donné au millésime 2017 du Clos des Lambrays « du fruit, de l’ampleur, de la douceur« . Sans forcément connaître ce petit bijou de molécule, Jean-Michel Guillonqui a reçu quelques superbes barriques de François Frères – nous a expliqué, à notre dernier passage en Côte de Nuits, que ce millésime 2017 sera « une tuerie » : une définition de grand vin qui commence à devenir le nec plus ultra d’un commentaire sur le vin. La chose est entendue et soyez convaincu que ce millésime 2017 en Bourgogne se vendra comme des petits pains de chez Kayser.

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On apprend aussi à quel point Sieur Bernard Magrez qui a toutes les justifications possibles pour courir les musées européens, tant il est féru d’art couvrant aussi bien le religieux que les incunables, aime lancer de nouveaux défis tel ce PC4.

Ce que bien des amateurs se sont amusés à faire depuis des lustres, – votre hôte en tête à des sessions du GJE avec des bouteilles dites « syndicales » – , c’est l’assemblage soit de plusieurs millésimes d’un même vin, soit l’assemblage plus rigolo de crus différents avec la complexité suprême qui était l’assemblage (au pif, hein ! ) de crus différents provenant de millésimes différents. Du style un Latour 82 avec un Margaux 85 sans oublier un chouilla de Figeac 71. Donc, rien de nouveau sous le soleil ?

Si, bien sûr ! Car là, on parle de Bernard Magrez dont le génie marketing est parfaitement reconnu. Avec son pote Michel Rolland, ils nous ont concocté ce PC4 (pour Pape-Clément sur 4 millésimes). Donc – chacun sachant quand même que la loi européenne permet depuis des lustres à ce qu’un millésime puisse être « bâti » avec 15% ou 20 % (je n’ai plus le taux en tête) du millésime précédent – on a là une petite révolution bordelaise qui se limitera à 990 bouteilles, facturées chacune € 1200 (TTC ?) et qu’il faudra venir au Château (on n’a pas dit Canossa) pour la récupérer et la transporter chez soi dans un véhicule approprié… suivez mon regard 🙂

Élargissons le débat : en quoi un assemblage de plusieurs millésimes d’un même cru peut-il porter l’avenir du Grand Vin ? Ce gommage brutal de l’effet millésime qui est tellement au centre des conversations d’amateurs et qui est quelque part une preuve évidente du respect du vigneron pour ce que lui a donné la nature dans une année donnée, cela donc disparaît pour créer une sorte de vin idéal qui sera réservé à quelques happy few assurément non européens.

Ce process d’assembler des jus d’années différentes est depuis des lustres là aussi, la caractéristique essentielle de la Champagne qui veut toujours offrir à ses amateurs un vin reconnaissable dans son style, à chaque année.

Mais n’oublions jamais que les champagnes millésimés, donc issus d’une seule année, valent bien plus, financièrement parlant (et aussi qualitativement) que les assemblages « ordinaires ».

Bref : là où Sieur Pasquet a sacrément bousculé le monde bordelais avec un simple bordeaux à plus de € 2.000 avec une pratique très « borderline », Sieurs Bernard Magrez et Michel Rolland se sont amusés – plaisir de l’âge – à donner quelques gentils coups de pied au monde bordelais ne sachant plus trop comment reprendre – sur le plan de la passion bacchusienne – le premier rang acquis historiquement et magnifié par Robert Parker à la fin du siècle dernier. Au podium de la passion, on a clairement la Bourgogne qui occupe et va occuper pour pas mal de temps, la place de n° 1 : il suffit de voir à quel point les demandes de postes que nous avons reçues pour les dégustations organisées à Villa d’Este sont impressionnantes !

Bon : soyons honnête : les amateurs de Pape-Clément que nous sommes (dans un billet précédent j’avais mis ce cru de Pessac en tête des bordeaux 1986) ont cette capacité tardive, après quelques soirées sérieusement apprêtées, de se lancer dans des assemblages à faire pâlir Michel Rolland* 🙂

* : prière de ne jamais oublier qu’avant toutes choses, Michel Rolland est fondamentalement ce qu’on appelle « UN BON VIVANT ».

Donc « nihil novi sub sole » mais une initiative à suivre !

Toujours dans ce n° du Figaro, une présentation de plusieurs millésimes du Clos des Lambrays allant donc du 2017 au 1918. En sorte de sous-titre, on constate à quel point les qualités des propriétaires peuvent meurtrir ou honorer le terroir mais avec cette constance qui est de dire (ça reste encore à prouver) qu’avec le temps, « le terroir parle avant l’homme » : sujet qui sera traité cette année à Villa d’Este par Axel Marchal et Gabriel Lepousez (dont – je me répète – il est strictement interdit sous peine de désespoir personnel d’additionner leurs QI respectifs).

Tout cela est écrit depuis le lac de Côme*, sous un soleil radieux et dont voilà une explication aux hyperboles de ce billet qu’on voudra bien me pardonner… quoique…

Autre nouvelle du jour : Enrico Bernardo que le GJE avait soutenu concrètement lors de sa préparation du concours du « MEILLEUR SOMMELIER DU MONDE » alors qu’il était au George V sous la houlette d’Eric Beaumard, fera partie du trio conférencier, avec Olivier Duha (Webhelp) et Antoine Petit (PDG du CNRS) qui nous dira comment ils voient l’avenir pour les amateurs du Grand Vin.

Cerise sur le gâteau : grâce à la Géorgie qui est notre pays d’honneur cette année au VDEWS, nous aurons la chance exceptionnelle d’entendre, le vendredi soir 9 novembre, Khatia Buniatishvili (http://www.khatiabuniatishvili.com/) dont le dernier DVD avec Zubin Mehta pour le concerto n° 2 de Liszt est assez fascinant !

* : selon un usage appris via Philippe Bourguignon le pratiquant avec un sérieux quasi papal pour l’Académie du Vin de France, il est nécessaire de vérifier, avant toute manifestation autour de la cuisine et du vin, que les menus proposés sont en bonne adéquation avec les crus choisis. Ainsi, avec le Chef Michele Zambanini, nous avons travaillé la chose pendant deux jours. Oui : on a droit à une indulgence plénière !

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Ne pas oublier de lire ce Figaro qui présente également le village de Trittenheim sur la boucle majestueuse de la Moselle ! Il n’est que temps de s’intéresser aux vins lorrains, luxembourgeois et de la Saar allemande !

 

Un commentaire

  1. Ouuuuuuh mais c’est qu’il m’a l’air sacrément appétissant ton « formajo inbriago » ! Un Stilton sous marc ?
    Grand souvenir de cette spécialité alpine que sont les tomes au marc (superbe Testun au Barolo d’Occelli) qu’on en croise aussi en Savoie et qui, déclinée sur les persillés, peut donner de vrais petits bijoux (Blu 61 par exemple ou, plus inattendu, l’exceptionnel Rogue River Blue Reserve du fromager américain Rogue Creamery).

    C’est malin, j’ai faiiiiiiim maintenant !

    Vivement très vite,
    Oliv

    Aimé par 1 personne

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