Quelques réflexions sur le marché des primeurs à Bordeaux

On sait que Château Latour s’est positionné en dehors du marché classique des primeurs où, après les dégustations de mars/avril, les châteaux annonçaient via leurs courtiers leurs prix de sortie aux maisons de négoce.

Château Latour ne participe plus à ce système et propose au négoce ou directement à des clients référencés, quelques années plus tard, des millésimes qu’il a gardé sagement dans des entrepôts idoines construits à cet effet ou en phase de construction.

On sait également que de plus en plus de propriétés classées ne mettent sur le marché qu’une portion de leur stock, essentiellement pour assurer le financement de leurs coûts annuels de production. Exemple parfait avec Palmer. Ces portions congrues permettent aux propriétaires d’exiger des prix « haut de gamme ». Et ça marche !

Amusez vous à comparer les prix récents de sortie en primeurs du second vin de Mouton-Rothschild et celui des Forts de Latour mis récemment sur le marché : une leçon en la matière.

On sait également que les propriétés les plus sages (si, si : il y en a) prennent un soin particulier à ne pas doter de trop grands volumes les maisons de négoce importantes lesquelles, en cas de crise, seraient obligées d’inonder leurs clients avec des prix fatalement réduits avec le risque grave de « casser » le marché.

Ne cachons point une conséquence majeure de ces évolutions : Bordeaux – on parle là des 200 châteaux de référence – a des stocks sur place, mais aussi à Londres et Hong-Kong, qui peuvent poser quand même quelques problèmes pour le futur tant il est vrai que ces stocks, souvent acquis à prix élevé, ont des coûts d’entreposage et d’assurance qui ne sont point négligeables.

De là à dire qu’on a une bombe à retardement, ce serait aller vite en besogne. Il n’empêche : en discutant ici et là avec quelques propriétaires, c’est un réel souci pour le futur… aggravé par le fait que de plus en plus de régions hors Bordeaux deviennent des vendeurs de haut niveau et que la mode de Bordeaux en quasi monopole mondial du « grand vin » , créée à bout de bras par Robert Parker entre 1980 et 2000, a perdu un peu de ce monopole.

Trop de propriétaires se targuent de leur prix de sortie alors même que souvent, ils n’ont aucune idée du prix au consommateur, généralement le double de ce prix de sortie.

Enfin, si on est tous d’accord pour dire du bordelais qu’il offre aux amateurs des volumes imposants de vins ayant un excellent RQP (Rapport Qualité-Prix), les commentaires qu’on lit ici ou là sur des sites « vin » parlent essentiellement de ces 200 châteaux qui restent, pour beaucoup, un rêve associé à un mythe savamment entretenu par la région. Là encore un gros travail à faire et Stéphane Derenoncourt n’est pas le dernier à le mener : euphémisme majeur.

Certes, il faut des locomotives : c’est essentiel. Mais on espère très vite que les « grands » sauront revenir à un mariage de raison plutôt que de rester dans un divorce coûteux.

Mine de rien : regardez cette passion pour le rosé de Provence : qui aurait pu prévoir un tel engouement il y a seulement 5 ans en arrière ? Comme quoi, avec tous les outils quasi gratuits de la communication mondiale, les choses peuvent évoluer très vite.

Et, dernière remarque : cette mode n’a point été initié par un gourou style Parker : cela aussi est une donnée à prendre en compte pour le futur.

Image du billet : un tableau de l’épouse de notre ami chinois, membre du GJE, Yi Wang. Oui : il y a de sérieux amateurs en Chine et qui connaissent les vignobles européens bien mieux que tant d’amateurs de chez nous !

MOMENT DE NOSTALGIE : LA CAVE DE DARROZE… en francs 🙂

Carte Darroze

 

4 commentaires

  1. Bonsoir François.

    Je profite de votre billet pour vous laisser mon sentiment sur cette « spécificité » bordelaise du PRIMEUR, qui pénalise les clients particuliers et encore plus les clients particuliers français.
    Le marché bordelais des « 200 » que vous citez semble volontairement et complètement fermé aux particuliers et les DUBECQ ou DUCLOT, malgré leur apparente accessibilité, ne semblent pas spécialement intéressés par ces clients potentiels.
    Il semble aujourd’hui impossible d’aller à la rencontre de ces vignerons, d’être reçus et d’apprendre à découvrir leurs vins avec eux, chose encore possible en Bourgogne, Loire, Vallée du Rhône. Même chez des Grands…
    Le risque est de ne plus vendre de vins en France. Quid de nos caves personnelles dans 10 ans ?

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  2. Effet collatéral de cette situation : l’amateur va devoir exiger de son intelligence de moins dépendre de l’image d’un cru, de son classement et donc de la part de son coût qui n’est point liée à la qualité du vin.
    Je reste convaincu que, quelque part, ce qui se passe c’est finalement une bonne chose. Tant il est vrai qu’il y a dans toutes les régions des crus dont le RQP est véritablement un joyau. A nous de les rechercher et si Latour peut être dans certains millésimes un grand vin, même en le dégustant à l’aveugle, il reste très difficile d’accepter, au niveau de nos petites bourses européennes, d’y mettre tant d’argent. Restons dans l’imaginaire à notre portée 🙂

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  3. Vous êtes toujours aussi sage François.
    Je vous rejoins : l’exercice le plus passionnant dans l’accomplissement de notre passion est bien la recherche de ces joyaux et in fine, son partage.

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  4. Durant 20 ans, ce fut l’objectif majeur du Grand Jury Européen (GJE) : démontrer de façon sérieuse que certains crus qui n’existaient point en 1855 sont capables de se placer favorablement dans l’élite historique.

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