Michel Dovaz : une mémoire de la RVF.

Pour les zeus de ma génération (années 40/50) qui s’intéressaient au vin, on avait deux auteurs majeurs : Michel Dovaz et sa célébrissime ENCYCLOPÉDIE DES CRUS CLASSÉS (Julliard) et Alexis Lichine pour son ENCYCLOPÉDIE DES VINS ET DES ALCOOLS (Collection Bouquins). Certes, il devait y avoir d’autres écrivains comme Hugh Johnson, mais à l’époque Bettane pensait musique et Parker n’avait pas encore été touché par Bacchus qui l’attendait à Strasbourg où il connut son épouse. Bref : Dovaz et Lichine étaient clairement les références du moment. Poussier et Bureau étaient en culottes courtes, fumaient en toussotant et en cachette et regardaient les filles avec un oeil curieux soucieux de découvertes inattendues. C’étaient les années 70, la fin des trente glorieuses, celles où les prix des vins étaient à la portée des bourses modestes. Toute une époque, on vous dit !

Michel Dovazsujet du jour suite à son interview dans le n° 619 de la RVF de ce mois de mars 2018 – 89 balais jusqu’au 14 août prochain, a été un de mes mentors ès vins. C’est lui qui m’a parlé en premier de Jean Gautreau (Château Sociando-Mallet) quand on se permettait d’acheter une barrique en entier ! Il fut un des premiers membres du GJE (photo © Peter Knaup ci-dessous lors de notre session à Pichon Baron en mai 1997 : il fume la pipe) :

02-06Sur les 33 personnes, vous avez 50 % de noms justes ? On était jeunes et beaux ! 

Michel Dovaz a bénéficié de sa position plus ou moins monopolistique à l’époque comme « critique majeur » dans la RVF et comme auteur d’ouvrages sur le vin pour être maintenant une mémoire qui ne tombe pas systématiquement dans le « c’était mieux avant ». Mais ce qu’il dit dans cet interview montre à quel point, du temps des grandes heures, certains millésimes et plus d’un vin tenaient du miracle, d’une évidente incompréhension précise des choses alors que maintenant l’évolution considérable des techniques a comme résultat qu’il n’y a plus véritablement de mauvaises années.

Ce que les gens savent moins, c’est sa passion pour les vieux châteaux délabrés, son point d’attache perdu dans les montagnes valaisannes (ne pas oublier qu’il est helvète de père et de mère) et ses vieilles voitures qui ont fait l’objet, à l’époque, de quasi scandale public. Photo du billet.

Il avait quelques dizaines de vieilles voitures dont pas mal de Bugatti dont certaines furent choisies pour quelques matches de foot laissant le jeu de polo à quelques amoureux de l’Argentine. Férocement anti-collections et loin de tout esprit spéculatif, il dut rameuter quelques copains pour la mettre à l’abri de journalistes curieux.

Historique et images ici :

http://www.cahors-auto-retro.fr/02dovaz2.html

Evoquer cet épisode de sa vie permet de mieux comprendre son approche du vin. Il a toujours su garder une certaine distance vis à vis de commentaires dithyrambiques alors même qu’il avait – qu’il a toujours ? – des relations amicales de respect avec bien des domaines connus sans que cela se traduise dans ses commentaires par des a-priori disgracieux. Je vais me permettre un parallèle quasi délicat : un homme proche des mentalités d’un Renvoisé (son opus majeur : LE MONDE DU VIN, ART OU BLUFF et, en matière de gastronomie, d’un Oberlé (grandissime rééditeur avec Jeanne Laffitte).

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Un livre majeur pour tout amateur

Un petit bémol quand même sur ce que Michel Dovaz considère comme disparu : le fait d’aller casse-croûter dans les vignes avec quelques vieilles topettes. Pour l’avoir écrit sur ce blog, ce sont des expériences qui se pratiquent encore, en Loire comme en Lyonnais et que nous vous souhaitons à tous ! Car rien n’approche comme amour du vin le fait d’aller le partager avec des potes (comme à Lyon avec Paul L. un amoureux transit de l’Oreiller de la Belle Aurore) dans des vignes accueillantes.

http://gje.mabulle.com/index.php/2016/05/11/207717-deux-journnes-en-loire-3

On profite de ce billet pour féliciter deux amis du GJE. D’abord Laurent Vialette dont le verre « ROYAL GLASS ULTIMA » conçu avec Lagneau arrive n° 1 (page 46) suivi en deuxième position par l’AUTHENTIS 02 de Spiegelau dont ils sont aussi les créateurs ! On comprend alors pourquoi nos grands Maîtres des dégustations de prestige à Villa d’Este sont plus que satisfaits de ces verres qui servent aussi bien pour les vins rouges et blancs que pour les bulles. Que ce soit une Romanée-Conti, un Chambertin de Rousseau, un Auslese d’Egon Müller, un  Amarone de Dal Forno, un Annamaria Clementi de Zanella : aucun autre verre n’atteint un tel équilibre entre le nez et la bouche.

L’autre ami que je tiens à saluer dans ce n° de la RVF, c’est Olivier Poussier qui me dit enfin ce que je dois choisir comme type de vin avec les cuisses de grenouille. Certes, un peu comme Dovaz ou Christian Millau, j’aurai tendance à dire que pour les mariages mets/vins, le mieux ce sont les relations coupables. Mais en même temps, on aura toujours un grand respect pour le livre majeur de Philippe Bourguignon (qui est en train d’en écrire un autre) qui se nomme : L’ACCORD PARFAIT. Et oui, le grand écart est quelque chose de réel dans le monde du vin !

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En conclusion, et parce qu’il faut penser à eux, lisez les pages 72 à 75 sur des crus de Tokaji aszú de Samuel Tinon et Disnokö. Il faut que cette bête mode de bannissement des vins « sucrés » cesse ! Personne ne vous demande d’en boire tous les jours, fan de zou !

 

 

2 commentaires

  1. Mes dernières cuisses de grenouille, c’était avec 1 Saint Aubin 1er cru, Clos de la Châyenière 2008 d’Hubert LAMY. Une folie !!!!!!

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  2. Bon : c’est une affaire pliée : avec des cuisses de grenouille, qu’elles soient la recette de Paul Haeberlin (***) via Marc (***) ou celle d’une belle maison bourguignonne, le vin à y associer sera un blanc sec apportant la vivacité nécessaire à animer le doux gras de la cuisse. Si c’est pas beau, de tesl messages tôt matin !

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