Rayas et Beaucastel et décès de Monsieur Paul Bocuse.

PAUL BOCUSE

Avant d’évoquer notre visite à Rayas et Beaucastel, juste quelques mots pour rendre hommage à un Seigneur.

Paul Bocuse faisait partie de ces chefs historiques constituant le noyau dur, avec Paul Haeberlin, Pierre et Jean Troisgros, Chapel et Blanc, Pic et Guérard, qui ont animé pendant des années le Groupe Tradition et Qualités.

Monsieur Paul, qui a appris le métier avec la Mère Brazier, était avant tout un homme d’une générosité exceptionnelle. Deux coeurs sur la main. On ne compte plus le nombre de jeunes cuisiniers qu’il a aidé à s’installer à leur compte.

Il y aura du monde à ses funérailles et on espère que l’Etat français saura y mettre un digne représentant pour honorer un Chef, qui, à lui seul, a fait énormément pour placer la cuisine française au sommet où elle est et doit rester.

Châteauneuf du Pape a été la première AOC enregistrée dans le droit français, en 1936. En fonction des diversités multiples des terroirs, des terres sableuses à Rayas et Fonsalette aux gros galets de Beaucastel, en fonction des divers encépagements choisis par les propriétés, d’un quasi mono-cépage Grenache sur Rayas aux 13 cépages pris en compte à Beaucastel, on imagine bien la multiplicité des types de vins qui sont proposés à l’amateur. On peut dire ainsi que les vins d’AOC Châteauneuf du Pape sont, plus qu’ailleurs, la « marque » d’un Domaine, d’un Château, plutôt qu’une expression plus ou moins similaire correspondant aux règles de l’appellation.

Pouvoir visiter ces deux propriétés le même jour fut non seulement un privilège qui se mérita mais cela permit surtout d’apprécier deux approches de cette appellation rhodanienne qui connut une seconde naissance grâce à l’amour (le mot n’est pas trop fort) déclaré de Robert Parker pour cette région viti-vinicole.

Le temps était magnifique alors qu’ailleurs en Europe, le même jour, on avait tempêtes et inondations intempestives !

RAYAS

Emmanuel Reynaud est une personnalité fort singulière. J’ai rarement rencontré Vigneron aussi passionné par ses terroirs, ses cépages, sa vision du grand vin où le mot soyeux est répété ad libitum.

Il a toujours cette façon étonnante de vous recevoir comme si cela n’était point prévu, ce qui a l’avantage de vous mettre dans un état proche d’une fébrilité cataclysmique. Mais ayant connu cette approche si particulière lors de ma première visite il y a dix ans ou plus, cette fois ci, point de panique : on joue le jeu et tout se passe à merveille. Et comme il avait ce jour son sourire plus franciscain que jésuite, tout se passa très bien !

IMG_5703Emmanuel Reynaud dans sa cave historique

Clairement, comme à La Romanée-Conti, comme chez Mugnier ou Rousseau, c’est un Vigneron dont le graal est d’offrir aux amateurs des vins sans aucune « maigritude » mais des crus où le fruit, la complexité aromatique (épices) sont capables de tenir des décennies sans aucun problème. Comme quelques caves en Loire que nous a fait connaître Philippe Bourguignon, celle du sieur Reynaud devrait être classée à l’Unesco avec ses muids quasi centenaires !

Sur ses terres sableuses, le grenache au rendement plus que modeste (entre 20HL/HA et 35 HL/HA) prend une dimension d’une noblesse incontestable pouvant être comparée sans gêne aucune aux pinots noirs de la Côte de Nuits. D’ailleurs Olivier Poussier s’en souvient suite aux dégustations à l’aveugle qu’on lui organisait avec Didier Bureau, avant le concours du Meilleur Sommelier du Monde qu’il gagna à Montréal. Chaque fois, il mettait Rayas à Musigny ou sur Vosne !

La visite commence toujours par un tour sur quelques unes des 17 parcelles de Rayas. Fascinant de suivre à quelques pas le Maître des lieux qui continue, en marchant, à vous décrire au mètre près les spécificités de chaque pouce de terrain. Un art unique. La première parcelle, qui jouxte la cave, bénéficie en été d’une fraîcheur particulière grâce à ses bois alentour apportant un ombrage propice. Son sable est d’une légèreté étonnante alors que celui des parcelles suivantes est sensiblement moins friable. Toutes ces nuances de terroirs exigent un travail de la vigne, lors des vendanges, qui est un vrai jardinage.IMG_5696.jpgOmbrage sur cette parcelle jouxtant la cave, à 13H45 le 19 janvier 2018

IMG_5697.jpgAutre parcelle face à la cave : taille en gobelet

Le petit tour de ces parcelles entourant la cave de Rayas permet à Emmanuel Reynaud d’expliquer à quel point chaque vigne a son propre développement. Ce sont ses enfants tant ses descriptions sont baignées d’un mystère amoureux. Toujours des mots simples, toujours dits avec un sourire discret, toujours avec cet émerveillement devant ce que donne la nature à Rayas. Trouver autant de passion amoureuse chez un vigneron, c’est rarissime. Et il n’oublie jamais de dire à quel point ce sont ses anciens qui lui ont tout appris. La modestie même.

Et la dégustation qui suivit cette visite des terres prit du coup une autre ampleur. Si le grenache demeure le seigneur absolu de Rayas, le cinsault mérite le même respect : expressivité, élégance, finesse, complexité. Je suis moins fana de la syrah – ce qui sera aussi le cas à Beaucastel – tant ma propre référence de syrah sera celle de Simon Maye en Valais qui est clairement la plus belle expression de ce cépage « à la violette ».

Mais bon : là, je frise l’exclusion : mon expérience en Beaujolais, du temps des grandes heures, ayant marqué à jamais la nécessité impérieuse de savoir être diplomate dans ce monde si particulier des vignerons. 🙂

Rayas 2016 sera un millésime de garde avec cet avantage si rare de pouvoir vous offrir dans les jeunes années des plaisirs, des émotions de tout haut niveau. Ici, pas besoin de bois neuf. Et vous lirez plus loin pourquoi, l’explication m’ayant été donnée par Jean-Pierre Perrin, dont la Famille est propriétaire de Beaucastel et de bien d’autres vignobles dans ce Rhône à mistral dont la fameuse marque « La Vieille Ferme » (plus d’un million de cols produits chaque année, avec un RQP absolument dément !)

Restons à Rayas pour confirmer un autre point tout à l’honneur de son Maître. Comme ce cru fait partie des vins dont le prix est clairement à 3 chiffres, Emmanuel Reynaud a développé sur ses autres propriétés, au Domaine et au Château des Tours, plusieurs cuvées qui restent extrêmement abordables… pour autant qu’on fasse l’effort d’aller les quérir sur place en évitant de jouer les matamores du style « je sais tout » !

Promenez vous sur le site de ces domaines : http://chateaurayas.fr/

Est-il nécessaire de conclure avec une évidence ? Rayas est qualitativement un cru faisant partie du Club rarissime des grands crus de la Côte de Nuits. Un chef d’oeuvre dont vous serez convaincu si la chance vous permet, un jour, de goûter le 2002.

IMG_5702.jpgCe n’est point sur Rayas que Taransaud fera fortune 🙂

BEAUCASTEL

La Famille Perrin, membre du Club des PRIMUM FAMILAE VINI (11 Membres :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Primum_Famili%C3%A6_Vini) est un cas. Depuis des générations remontant au XIXème siècle, elle a su construire un empire – le mot n’est pas trop fort – autour de Châteauneuf du Pape sans que jamais l’identité propre du Château de Beaucastel ne soit impactée par ces développements de vignobles annexes, le tout produisant bien plus d’un million de cols aussi bien en blanc qu’en rouge. Jean-Pierre Perrin (Membre de l’Académie du Vin de France) et son frère François peuvent être particulièrement fiers d’avoir su transmettre rigueur et sens des affaires à la nouvelle génération qui compte 7 Perrin !

http://www.beaucastel.com/#np-5

https://www.cavepurjus.com/fr/module/stblog/81_jean-pierre-francois-perrin.html

Si vous êtes sage, Jean-Pierre Perrin vous montrera l’acte historique signé par Louis XIV et Colbert pour l’homme du moment qui sut devenir catholique en quittant le protestantisme. … toute une époque… où l’on pouvait ainsi gagner une charge de collecte des impôts ! Je ne vous dis pas ce qu’il advint après 1789…

IMG_5709.jpgLes célébrissimes galets de Beaucastel

IMG_5705.jpgFûts impressionnants sur deux niveaux !

IMG_5708.jpgMoment privilégié pour apprécier quelques uns des 13 cépages rhodaniens

J’avoue avoir été fasciné par la counoise (https://fr.wikipedia.org/wiki/Counoise). Certes ce n’est point le cépage majoritaire des vins rouges de Beaucastel, mais quelle finesse ! Il offre sans aucun complexe un fruité, une élégance, une vivacité qui laisse pantois. La syrah que j’ai pu déguster en suivant avait un mal fou de me donner le même enthousiasme. Mais bon : elle apporte au vin certainement plus de choses que la counoise. Il n’empêche ! A la limite, je rêverai d’avoir un cru du Château qui soit 100 % counoise !

En blanc, l’expérience que nous avions eu avec le 1986 lors d’une soirée de notre Club au Park Hyatt (https://vdews.blog/2017/05/18/une-belle-soiree-du-club-grands-crus-au-park-hyatt-vendome-paris/) a démontré en majesté à quel point ce cru de roussanne pure peut tenir des décennies ! Là encore, un réel chef d’oeuvre avec son exotisme magnifié !

Parlons du bois, du bois neuf de barriques qui est souvent la base qualitative dans bien d’autres vignobles comme la Bourgogne ou le Bordelais. Ici, quand on voit la taille impressionnante des ceps dont certains ont plus de 70 ans, on comprend qu’ils apportent au vin une dose de tanins largement suffisante et donc qu’il serait totalement superfétatoire d’en rajouter avec du chêne de Tronçais ou d’ailleurs. Leçon de chose sur ce plan lors de ce passage trop rapide en terres papales.

Voilà deux visites à quelques kilomètres de distance qui prouvent, si besoin était, que cette appellation commune « Châteauneuf du Pape » se conjugue en fait en noms de propriétés lesquelles ont chacune leur identité propre jalousement préservée.

Ceux qui disaient dans des moments d’égarement que ce vin était un vin de chasseur soient mis au pilori ! Des incompétents parlant trop vite et disant n’importe quoi ! Shame ! Vous avez le droit de donner des noms 🙂

LECTURES DE WEEK-END

Sans oublier l’opus 11 qui vient de sortir de 180°, la plus belle revue culinaire française, qu’il me soit permis de rajouter à ce billet une lecture que me recommande notre ami Gabriel Lepousez.

Je le cite :

Je viens de tomber sur une petite lecture qui ferait un parfait epilogue du VDEWS 2017 et peut-être aussi un bel article pour ton blog pour sensibiliser tes lecteurs: 
“Le gout des pesticides dans le vin” par J Douzelet et Gilles-Eric Séralini. 
Seralini avait déjà fait parlé de lui en montrant que des rats nourris au glyphosate développaient des tumeurs…
Cette fois, on découvre que les pesticides aux concentrations qu’on retrouve dans le vin ont bien une saveur ou une odeur voire une astringence. Le test montre même qu’en s’entraînant à détecter ces pesticides, on peut les détecter dans le vin! 

 

Lepousez.jpeg

 

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