A la fin d’une année, a t’on le droit d’écrire sans détours ?

… va savoir, Charles !

VIN

Plus que jamais, chacun s’accordera sur le fait que lorsqu’on monte vers des appellations de prestige ou des classements historiques, le prix du vin est pour une bonne part constitué de sa position dans ces AOC où sont les GC et PC et dans les rangs des hiérarchies historiques telle le 1855 à Bordeaux.

Chacun sait – ou devrait savoir – également que bien des crus en dehors de ces références sont tout autant capables d’apporter aux amateurs des appréciations, des émotions de tout haut niveau.

Bref : il n’est que temps de cesser de geindre sur cette demande exponentielle face à une offre géographiquement limitée. Ainsi, en Bourgogne et en Rhône, on peut trouver à moins de € 40 des vins de grand niveau. Je prends deux exemples, deux références : les crus de Jean-Michel Guillon, à Gevrey-Chambertin (http://www.domaineguillon.com/main_sov.html) et en Rhône les Châteaux des Tours du facétieux Emmanuel Reynaud (http://chateaurayas.fr/contacts.htm). Et partout ailleurs, en France, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Espagne et même en Suisse, bien des vignerons sont capables de porter la dragée haute versus des institutions assises sur des réputations historiques qu’elles font chèrement payer.

Alors oui, tout amateur peut légitimement souhaiter déguster un jour un La Tâche ou un Haut-Brion tant il est vrai qu’à ces sommets, on est souvent dans un autre monde. On redit ici la solution : fréquenter ou créer des Clubs d’amateurs mettant en commun des moyens pour acquérir ces flacons d’anthologie qui seront mis en valeur avec en préambule des vins de même appellation mais à prix nettement plus modique.

Un petit aparté : rencontré récemment une jeune sommelière à qui je demandais le cru dont elle rêvait. la réponse fut immédiate : une Romanée-Conti ! Là : achtung bicyclette ! Avant d’attaquer les Grandes Jorasses face nord en hivernale, faut se faire la main sur l’aiguille du Tour : demandez au Grand Jacques, il vous le dira en détail ! La fréquentation des noms ultimes nécessite un apprentissage, une éducation spécifique tant il est vrai que ce que l’on apprend en chemin est fondamental. Un Vosne ou un Chambolle de Mugnier sera parfait pour une belle approche de la Romanée-Conti. En musique, comment apprécier à sa juste valeur le choeur final de la St Jean de Bach sans une écoute totale de cette Passion ? Comment apprécier une Ferrari sans faire ses leçons sur une Alpine ?

Bref : jamais le monde n’a eu tant de beaux vins à déguster : et nous avons en Europe la chance unique d’avoir tant de variétés, tant de styles, tant de crus sans frontières douanières ! Alors, finissons de se plaindre ! Cherchons, visitons, tastons, et remercions ces vignerons qui donnent priorité à la qualité et à l’authenticité pour des prix à notre portée.

Quelques crus récemment appréciés :

IMG_2420Ce n’est point un vin de chasseur ! Qu’on se le dise !

IMG_5572.jpgMe réconcilie avec Bordeaux quand je suis en férocité contre les moguls du coin

IMG_5592.jpgUne découverte : du tout beau !

IMG_2987.jpgOffert par un restaurateur chinois étoilé à Paris : simplement une finesse rare !

MUSIQUE

Un DVD de toute beauté où Bryn Terfel enthousiasme avec ses sifflets faustiens l’auditoire à Baden-Baden lors du Festival de fin d’année 2016. Oui, oui : il y a aussi Jonas Kaufmann, Ekaterina Gubanova et Anja Harteros : que du beau !

Rencontré au concert de fin d’année à ColleMassari (photo du billet) un violoniste de génie et le mot n’est pas trop fort : Shlomo Mintz (https://fr.wikipedia.org/wiki/Shlomo_Mintz). Le coffret DG (13 CD) est un cadeau superbe avec les concerto des plus grands compositeurs. Disponible sur Amazon. Voilà un artiste qui fut capable de jouer Paganini à 11 ans et qui a gardé une modestie et un sens de l’écoute d’autrui proprement inimaginable à ce niveau de réputation. Une grande leçon de vie à son contact. On l’espère pour le prochain VDEWS.DSC08597.jpg

MEDIA

Là, je vais m’énerver encore et encore sur les médias en France. Hallucinant comme ils se croient les juges suprêmes alors même qu’ils n’arrivent point à sortir de l’ornière des ersatz de la vie politique. Ils sont capables de passer des jours à discourir sur des faits insignifiants alors même que nous avons enfin une équipe au pouvoir qui veut faire des choses pour remettre en route un pays qui a cru bien trop longtemps détenir le vrai en tout alors même qu’ailleurs on fait souvent mieux. Mais bon : Giesbert sauve les meubles avec ses éditos du Point sachant remettre Mediapart à sa place, là en bas !

Et l’autre là, de RMC, démago comme pas deux, qui ose donner des leçons de journalisme alors même qu’il navigue à cru dans le populisme le plus facile ! Bourdin, c’est vraiment nul ! Tellement facile d’attaquer le FN alors même que c’est aux autres partis historiques qu’il faut poser la question : qu’avez vous fait depuis 40 ans pour éviter cela ? Et qui nous redira à quel point on paie la fonction publique en empruntant des milliards et des milliards ? On marche sur la tête ! Même la nouvelle équipe de CDANSLAIR a ce travers de parler de l’accessoire trop souvent au lieu de l’essentiel. Et après on s’étonne de lire régulièrement que les français n’ont que désamour pour les médias qu’on leur donne.

CINEMA

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Le dernier Star Wars : correct, sans plus car où sont ces villes, ces civilisations où régnait des Reines, des fourbes, des Jedi dans des planètes dignes d’Asimov ? Ceci dit, quelle magie dans ces artefacts techniques qui ont coûté des sommes astronomiques !

A voir plutôt : le dernier opus sur la divina assoluta « Maria by Callas« . Une telle dévotion à cet art si difficile et passager d’être une voix, « la » voix de Bellini, Donizetti, Puccini, Verdi. L’opéra restera à jamais l’art le plus difficile mais aussi le plus complet. Nietzsche dixit.

Vous avez oublié ! Impératif d’acquérir ce DVD sur la paysannerie française :

Le Cousin Jules - copie.jpg

EDUCATION

Comment ose t’on ne plus exiger d’efforts de la part des enfants fréquentant les écoles de la République en proposant d’effacer le passé simple, sans même parler du plus que parfait du subjonctif ? Comment peut-on croire éduquer la jeunesse en proposant le nivellement par le bas ? En faisant disparaître la notion d’effort et de lecture ? Chacun sait pourtant que la maîtrise du langage est une force unique dans la vie ! Espérons que le Ministre actuel sera là longtemps tant il va devoir travailler avec férocité (© Audiard) pour tout remettre cela d’aplomb !

Alors, cadeau de fin d’année en passé simple : noyez votre regard avec une belle gourmandise sur ce poème de Musset :

Une soirée perdue

J’étais seul, l’autre soir, au Théâtre Français,
Ou presque seul ; l’auteur n’avait pas grand succès.
Ce n’était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
Ignora le bel art de chatouiller l’esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
Où l’intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d’un mirliton.
J’écoutais cependant cette simple harmonie,
Et comme le bon sens fait parler le génie.
J’admirais quel amour pour l’âpre vérité
Eut cet homme si fier en sa naïveté,
Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde,
Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde
Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer !
Et je me demandais : Est-ce assez d’admirer ?
Est-ce assez de venir, un soir, par aventure,
D’entendre au fond de l’âme un cri de la nature,
D’essuyer une larme, et de partir ainsi,
Quoi qu’on fasse d’ailleurs, sans en prendre souci ?
Enfoncé que j’étais dans cette rêverie,
Çà et là, toutefois, lorgnant la galerie,
Je vis que, devant moi, se balançait gaiement
Sous une tresse noire un cou svelte et charmant ;
Et, voyant cet ébène enchâssé dans l’ivoire,
Un vers d’André Chénier chanta dans ma mémoire,
Un vers presque inconnu, refrain inachevé,
Frais comme le hasard, moins écrit que rêvé.
J’osai m’en souvenir, même devant Molière ;
Sa grande ombre, à coup sûr, ne s’en offensa pas ;
Et, tout en écoutant, je murmurais tout bas,
Regardant cette enfant, qui ne s’en doutait guère :
 » Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. »

Puis je songeais encore (ainsi va la pensée)
Que l’antique franchise, à ce point délaissée,
Avec notre finesse et notre esprit moqueur,
Ferait croire, après tout, que nous manquons de coeur ;
Que c’était une triste et honteuse misère
Que cette solitude à l’entour de Molière,
Et qu’il est pourtant temps, comme dit la chanson,
De sortir de ce siècle ou d’en avoir raison ;
Car à quoi comparer cette scène embourbée,
Et l’effroyable honte où la muse est tombée ?
La lâcheté nous bride, et les sots vont disant
Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à présent ;
Comme si les travers de la famille humaine
Ne rajeunissaient pas chaque an, chaque semaine.
Notre siècle a ses moeurs, partant, sa vérité ;
Celui qui l’ose dire est toujours écouté.

Ah ! j’oserais parler, si je croyais bien dire,
J’oserais ramasser le fouet de la satire,
Et l’habiller de noir, cet homme aux rubans verts,
Qui se fâchait jadis pour quelques mauvais vers.
S’il rentrait aujourd’hui dans Paris, la grand’ville,
Il y trouverait mieux pour émouvoir sa bile
Qu’une méchante femme et qu’un méchant sonnet ;
Nous avons autre chose à mettre au cabinet.
Ô notre maître à tous, si ta tombe est fermée,
Laisse-moi dans ta cendre, un instant ranimée,
Trouver une étincelle, et je vais t’imiter !
J’en aurai fait assez si je puis le tenter.
Apprends-moi de quel ton, dans ta bouche hardie,
Parlait la vérité, ta seule passion,
Et, pour me faire entendre, à défaut du génie,
J’en aurai le courage et l’indignation !

Ainsi je caressais une folle chimère.
Devant moi cependant, à côté de sa mère,
L’enfant restait toujours, et le cou svelte et blanc
Sous les longs cheveux noirs se berçait mollement.
Le spectacle fini, la charmante inconnue
Se leva. Le beau cou, l’épaule à demi nue,
Se voilèrent ; la main glissa dans le manchon ;
Et, lorsque je la vis au seuil de sa maison
S’enfuir, je m’aperçus que je l’avais suivie.
Hélas ! mon cher ami, c’est là toute ma vie.
Pendant que mon esprit cherchait sa volonté,
Mon corps savait la sienne et suivait la beauté ;
Et, quand je m’éveillai de cette rêverie,
Il ne m’en restait plus que l’image chérie :
 » Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. « 

N’oubliez point un mets divin pour le 31

Une belle tranche épaisse d’un vrai pain de campagne

une belle tranche d’un lard de Colonnata

quelques rondelles sérieuses de truffe melanosporum

Le vin ? Un millésime mûr d’un Chardonnay de belle lignée.

Musset.jpegAlfred de Musset (1810 – 1857)

Que la vie vous soit douce comme elle le fût lors de notre soirée de décembre au Club Grands Crus du Park Hyatt Vendôme à ParisDSC08561.jpg

DSC08597.jpgLa magie du jeu de miroirs et de la préparation des mets en salle !

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