La mort de Jean d’Ormesson

Voilà un académicien qui laisse derrière lui une somme de livres dont les derniers opus questionnaient le sens de la vie et où il posait des questions fondamentales, celles qu’on peut se poser quand on arrive à un âge avancé.

En 2014, on avait publié un billet relatif à un des ses ouvrages.

Maintenant qu’il est de l’autre côté, il a les réponses qu’il cherchait de son vivant. Du moins, espérons le pour lui !

Voilà un billet ultra prétentieux, qui aurait mérité des relectures infinies.

Ecrit à chaud à Firenze, suite à une lecture en avion du dernier opus de Jean d’Ormesson, un auteur que j’admire mais dont le dernier livre m’a chauffé les neurones.

Je vais me faire morigéner par Etienne Klein qui me reprochera une écriture maladroite, mauvaise et certainement en manque d’un argumentaire plus solide.

Mais bon : c’est simple. J’avais besoin d’écrire cela.

LETTRE OUVERTE A JEAN D’ORMESSON

Jean,

On se connaît depuis que l’on s’est croisé avenue Pierre 1er de Serbie où tu garais ta Porsche du moment. Les années 70.

On se revoit tous les dix ou vingt ans, on se fait le baci habituel sans avoir le temps, hélas, d’échanger sur ce qui t’obsède dans tes derniers opus: le sens de la vie.

Je suis fâché, courroucé. Ton dernier livre, écris un peu à la va-vite, est bien loin des idées, des réflexions de tes deux opus précédents sur ces questions fondamentales de l’homme dans l’univers.

Tu deviens voltairien sur la fin de ta vie ou quoi ?

D’abord, il serait nécessaire, fondamental, que tu relises l’ouvrage de Barjavel, « La Faim du Tigre » qui pose le fondamental de toutes choses : on est là sur cette planète, fleur, arbre, animal ou homme dans le but fondamental, sinon unique de se reproduire. S’il y a eu une instruction d’ailleurs pour l’évolution du monde, c’est fondamentalement celle-là : tout doit se reproduire, quitte à se battre, à tuer, à manger, à tout faire pour dominer et pouvoir asseoir sa race : fleurs, arbres, animaux, hommes. Oublier cet aspect des choses, c’est simplement partir sur des bases éthérées, incomplètes, insuffisantes.

Ensuite, il eût été nécessaire que tu n’oublies jamais de dire à quel point tu as été privilégié dans ta vie. Comment voudrais-tu qu’un homme du sahel, qu’un pauvre indien, qu’un esclave pakistanais puisse simplement suivre le début de tes raisonnements ? Tout ton discours est celui d’un nanti et la simple liste page 105 et suivantes de ce qui t’a éduqué vers le beau est dramatiquement, totalement inutile pour la vaste majorité de l’humanité.

Mis à part ces deux limites qu’il aurait fallu impérativement mettre en exergue, il est quelque part navrant que l’essentiel ne soit tout simplement pas évoqué.

L’essentiel est simplement que la notion de dieu (par respect je préfère les minuscules) a été totalement volée par des religions, quelles qu’elles soient, pour une faire un outil de contrôle de la société par quelques privilégiés. Inutile de rappeler ici à quel point ces religions ont utilisé la notion de dieu pour des massacres inouïs, des classes d’esclavage, des soumissions dramatiques. Comment peux-tu ne pas parler des églises qui ont assassiné l’idée de dieu telle que tu la présentes ?

Par ailleurs, je connais bien des scientifiques qui n’ont absolument pas besoin de cette notion divine pour avoir une vie cohérente, heureuse, sage et attentionnée pour autrui. Il n’est absolument pas nécessaire de croire en un dieu pour donner un sens à sa vie, quand bien même personne ne sait – ça, tu le répètes ad libitum – ce qu’il y avait avant et ce qu’il y a après.

Et ce n’est pas parce que les outils actuels ne permettent pas de présenter ce qu’il y a de l’autre côté du mur de Planck que cela doit justifier je ne sais quel concept divin comme seul palliatif d’une harmonie qui reste encore à trouver.

On peur accepter le mystère sans obligatoirement entrer en religion. On peut avoir l’humilité de simplement se dire que les générations futures créeront probablement de nouveaux concepts qui seront discutés, analysés, contestés.

Asimov l’a dit en un petit paragraphe : la notion de dieu est venu le jour où l’homme a eu conscience qu’il était mortel. Dieu est né de la peur. Pas d’autre chose. C’est un très mauvais départ, à tout le moins.

Bref : tu nous dois impérativement un nouvel opus où tu laisseras de ton côté ta belle éducation et où tu diras le fond des choses sans craindre que tes lectrices du XVIème te croisent dans la rue avec une moue réprobatrice. Ecris pour le paysan du danube, pour l’illettré américain, pour le paysan chinois, et pas seulement pour tes compatriotes bacheliers.

Avec une profonde affection,

Image du billet : origine NASA.

14 Comments

  1. D’abord je suis dans le TGV pour Bordeaux et le WIFI reste encore en phase de douce imprévisibilité.
    Johnny ne faisait pas partie de mon premier cercle ou même deuxième. Françoise, oui. Bécaud, oui. Brel, oui. Et encore : tout cela était loin, très loin derrière Bach, Brahms et autres Verdi-Puccini-Mozart et plus tard, Wagner.
    Et côté frivolités musicales, c’était plus tôt Eddy Duane, Jimmy Smith, Ray Charles.
    Bref : je suis un très mauvais français sur ce plan mais pas de problème pour un réel respect pour Johnny qui a eu l’élégance d’attendre le décès de D’Ormesson afin de ne pas lui brûler la politesse dans des médias avides de ventes additionnelles.

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  2. C’était évidemment très (trop ?) ironique et décalé. Je préfère également 1000 fois le talent d’un Brel.
    Mais traiter sur le même plan la disparition de Johnny et de d’Ormesson (que je n’apprécie guère) est symptomatique de la « culture française »

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  3. On parlait du plan des médias et non des deux hommes.
    Quant à d’Ormesson, il assumait parfaitement ses origines et faisait partie de la « race » des écrivains souvent se situant dans un autre monde.
    Mais bon : à la fin d’une vie, qui peut présenter un bilan immaculé ?

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  4. @ Bruno :

    Il doit être bien clair pour tous, eu égard à tout ce qu’on a pu voir sur les écrans, que Johnny Hallyday mérite largement cet hommage populaire samedi prochain, du Mt Valérien à la Concorde. En dehors des hommes politiques ou militaires, style De Gaulle, rappelons les derniers hommages à des artistes de ce type : Victor Hugo, Joséphine Baker pour la France; et Giuseppe Verdi pour l’Italie.
    Gageons que quelques plumes évoqueront avec des mots plus ou moins savants cet engouement d’une nation, même de la part de ceux qui n’ont aucun disque ou CD de ce Rocker.
    Quant à D’Ormesson, il suffit d’acquérir le dernier POINT (en sus : un spécial Champagne pas mal fait pour une fois) pour satisfaire ceux qui auront besoin d’un tel panégyrique de la page 42 à 117 avec moult illustrations. Ils ont déjà le Pléiade publié de son vivant. C’est bien.

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  5. Keine problem ! Pas évident que mes lecteurs poussent leur passion excessive pour mes écrits nobélisables jusqu’aux commentaires d’une suffisance inadmissible !

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  6. Si vous continuez comme ça vous finirez aussi modeste que d’Ormesson! qui sur ce sujet, ne craignait personne! (réflexion piquée à Mitterrand)

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  7. J’avoue que la modestie et surtout le sens de la relativité des choses, est un luxe qui ne vient naturellement qu’après de longues années où la vanité n’était point en dernière position.

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  8. Bien évidemment qu’on a le droit de hiérarchiser les choses en fonction de l’éducation reçue et de celle créée par nos expériences et sentiments.
    Mais cela ne permet pas, ou ne devrait pas permettre de porter un jugement facile sur autrui.
    Pour bien comprendre cela, voir le film plus que sublime qui s’appelle Cousin Jules de Dominique Benicheti. Disponible sur Amazon, là :
    https://www.amazon.fr/Cousin-Jules-Version-restaur%C3%A9e-2K/dp/B012P5MHKI/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1512853474&sr=8-1&keywords=cousin+jules

    S’il ne confirme pas mon propos, je vous le rembourse. Une grande leçon de vie comme par ailleurs le film de Marie Gorbanevsky sur l’Ecole de Musique de St Petersbourg.

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  9. Oui Asimov fait partie des discrets et des bons. On a eu l’occasion de faire connaissance lors d’un déplacement à NY il y a quelques années. Un bon déjeuner ensemble mais un gars quand même sur la réserve bien que neveu du grand Isaac Asimov son oncle 🙂

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