Quelques brèves nouvelles bordelaises, de Lafite-Rothschild à Stéphane Derenoncourt.

Dans le haut du panier, on notera la venue de Jean-Guillaume Prats, en mars prochain, comme directeur général du Château Lafite-Rothschild. Il succède ainsi à une icône du bordelais : Christophe Salin. Et Eric de Rothschild, l’actionnaire principal de Lafite-Rothschild, a mis sa fille Saskia à la tête de ce Premier Cru Classé du Médoc.

Sympa de voir que les dames sont de plus en plus présentes dans la gestion de propriétés viti-vinicoles. Soyons certains qu’elles sauront trouver le bon chemin entre mises à jour des communications et préservation des acquis historiques de ces vignobles connus du monde entier.

Et si quelqu’un a une conscience aigüe de la valeur du classement de 1855, Jean-Guillaume Prats l’a largement prouvé quand il dirigeait Cos d’Estournel. Ira t’on à Lafite sur le même chemin que Latour, à savoir se distancier un chouia du négoce et garder en vieillissement quelques millésimes avant de les mettre sur le marché ?

Va savoir, Charles !

On sait qu’une telle politique, outre qu’elle demande des lieux de stockage idoines, est coûteuse. Mais le chemin est également suivi en Bourgogne avec l’exemple de Coche-Dury qui ne propose ses Corton-Charlemagne qu’après un vieillissement dans ses caves de Meursault, tant le Domaine s’énervait de voir ce Grand Cru mis sur des cartes de restaurants alors même qu’il était bien loin de présenter un minimum d’évolution requis par sa nature.

Gageons que d’autres propriétés de référence suivront cette politique de garde. Après tout, le plus bel exemple nous vient d’Espagne, avec Vega Sicilia qui met l’UNICO en vente seulement après une décennie de vieillissement !

A l’autre bout du spectre bordelais, Stéphane Derenoncourt continue son combat contre le « bordeaux bashing » en annonçant à partir d’une vidéo à la Tarentino que les choses vont, doivent bouger à cet égard.

C’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=cG2x_ENhNLE&feature=youtu.be

Pour ceux qui aiment le concept de consensus, lire les pages du Spécial RVF en kiosque où Jean-Michel Cazes (Château Lynch-Bages) échange en grande courtoisie avec Pierre-Henry Gagey (Maison Jadot). Ces deux personnalités ont un sens de l’histoire, des spécificités de leur région respective sans jamais hiérarchiser ou donner un avantage rédhibitoire à Bordeaux ou à la Bourgogne. Une certaine leçon de sagesse. L’un et l’autre ont parfaitement compris l’importance de travailler les sols avec le minimum d’intrants chimiques comme la nécessité de développer l’oenotourisme international sans tomber dans les excès américains de Napa Valley.

Photo du billet : quand vous irez à Paris pour l’exposition Maria Callas, prenez le temps de parcourir le jardin exceptionnel d’un millionnaire qui finit pauvre comme Job : Albert Kahn.

Allégorie du pont passage serein entre les deux écoles bordelaises. Ça grimpe un peu, certes. Il y a une barrière : certes. Mais chiche qu’on peut le franchir !

Ici :http://albert-kahn.hauts-de-seine.fr/

AUTRES BRÈVES DU JOUR

Ann Colgin, co-propriétaire du Domaine éponyme en Napa Valley, vient de vendre 60 % de la propriété à LVMH. Ce vignoble (http://www.colgincellars.com/) fait partie des références de la Californie avec Screaming Eagle et Harlan. Inutile de préciser que les crus se vendent en centaines de $ et uniquement sur allocation, avec quelque fois la possibilité d’en acquérir via la société de négoce bourguignonne qui appartient à Ann ou via un négociant londonien. Lors de la dégustation de 8 crus à Villa d’Este en 2015, présentée par Antonio Galloni, l’avis général fut que ces vins particulièrement riches, étaient manifestement en accord avec le style Parker.

… ce qui nous amène à l’autre news : Neal Martin, la dernière signature reconnue du Groupe Parker où il était resté, vient d’être pris dans la sphère Galloni où il continuera à être le critique de ses régions favorites. C’est mon dada récurrent, mais là encore une preuve de l’application de la courbe de gauss à tous les phénomènes humains. On se demande comment Michelin va faire évoluer ce qui reste de la création monopolistique de Robert Parker !Colgin.jpg                                    Ann Colgin (en rouge) et Joe Wender son mari

Certains commentateurs se questionnent sur le futur des grands noms du vin, tant quelques fortunes en milliards ont des capacités d’acquérir pour des sommes n’ayant aucun rapport avec les usuelles analyses financières des noms iconiques servant essentiellement à leur garde-manger de produits de luxe. Car, enfin, on n’a pas encore vu la famille Arnault prendre sécateur ou parcourir au petit matin ses rangs de vigne en leur disant des mots doux. Ne jamais oublier qu’à un certain niveau de prix du vin, les amateurs ont un besoin vital d’y associer une passion qui ne peut venir que du contact avec le vigneron, celui qui a de la terre sous les ongles et qui sait donner priorité à la qualité avant le revenu financier.

Rencontrez un Egon Müller, un Jean-François Coche Dury, un Eric Rousseau, un Aubert de Villaine, un Helmut Dönnhoff, un Istvan Szepsy et vous constaterez à quel point je suis en-dessous de la vérité en écrivant cela.

Quant à la montée en puissance d’Antonio Galloni et de sa « dream-team » de critiques, ce sera un indicateur de référence sur le futur et la bonne santé de cette façon de parler du vin, face au futur Google du secteur : VIVINO.

Mais il y a de la place pour deux styles : c’est une évidence qu’il va falloir garder en tête.

 

 

2 Comments

  1. Cher François,

    Également chez ANGELUS, Stéphanie de Boüard-Rivoal qui peut apporter à ce domaine familial de quoi lutter contre trusts en tout genre et garantir la préservation du patrimoine et, encore un peu, l’accessibilité aux amateurs particuliers.

    Concernant les amateurs, je valide votre avis de proximité avec le vigneron. C’est ce que je recherche quand je vais visiter un chaix, un domaine. Et je suis le plus heureux des hôtes quand je peux raconter à mes amis, une anecdote personnelle en ouvrant une bouteille.

    En cela, Emmanuel REYNAUD de Rayas est l’un de ceux qui m’impressione le plus. Que l’on aime ou pas, l’écouter parler de son travail me ravit à chaque fois. Lui aussi a fait le choix de ne vendre que ce qu’il estime pouvoir etre bu. Je ne suis pas certain que cela puisse déjouer la spéculation mais ces décisions fortes prises sur la maîtrise de la distribution, donnent à ces hommes de l’indépendance et demande beaucoup de courage.

    Frédéric

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  2. Je ne peux que souscrire à ce commentaire et 100 % OK sur le charisme assez singulier, car tellement teinté d’un humour ravageur, d’Emmanuel REYNAUD (oui : il mérite les majuscules). D’autant plus que ses Château des Tours restent parmi le top du top des meilleurs RQP en France.
    Le monde de la critique change à une vitesse Grand V ! Quand on lit sur le site Parker les commentaires suite au départ de Neil Martin, on voit bien que lorsque le souci financier de rentabilité domine, il imprègne la communication d’une sauce gluante très déplaisante.
    Chacun comprend que plus un cru est cher à l’achat, plus on a besoin d’en savoir un peu plus que la simple analyse gustative du vin. Il nous faut un rêve, une certaine magie, un certain élan de discours tant le vin a cette capacité unique de faire bouger quelques neurones comme l’explique si bien nos deux zozos – plus que respectables hein ! ce sont des têtes – de Villa d’Este : Axel Marchal et Gabriel Lepousez.
    Il faut que le vin garde cette dimension résistant in fine aux simples analyses des oenologues. Là, je vais me faire des copains 🙂

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