2017/2018 : état des lieux dans le vignoble français… avec un grand boucher en photo !

Deux entretiens hier, l’un avec Jean-François Coche-Dury et l’autre avec deux producteurs de Saint-Émilion montrent à quel point le changement climatique pose de nouveaux problèmes dont le manque de pluies actuel.

Non seulement on évoquait les précipitations qui se font attendre, mais aussi le niveau des nappes phréatiques sans oublier pour ces dernières, les niveaux de pollution qui deviennent inquiétants.

Angelo Gaja, qui vient de faire à NYC une conférence remarquée au raout annuel du Wine Spectator sur ce sujet nous dira lors de son séminaire à Villa d’Este comment un Groupe comme le sien, qui a des propriétés un peu partout en Italie, envisage les modifications à mettre en place.

Si cet état de manque d’eau persiste, la première conséquence sera des volumes de production plus faibles… à un moment où la demande de grands vins reste sur une courbe ascendante.

Bien sûr, les Domaines de taille importante sauront toujours « tenir le coup » : ils ont, – outre des sources internes ou externes de financement – , parfois des stocks (surtout via le négoce à Bordeaux) permettant d’assurer vaille que vaille la trésorerie nécessaire. Mais quid des petites propriétés ? Si vous ajoutez à cette situation critique – si elle persiste – le fait que bien des vignerons ne roulant pas sur l’or ont quand même des terres dont les prix sont à des niveaux jamais atteints auparavant, vous pouvez imaginer que de nouvelles transactions vont se réaliser.

Ne jamais oublier cette caractéristique d’une portion sensible du vignoble français : on y vit souvent comme un pauvre sur un capital de riche !

La France est probablement, sur ce plan, le pays le plus touché mais on sait qu’en Toscane cette évolution commence à devenir sensible.

En même temps, soucieux d’une mode quasi impérieuse, ou plutôt au besoin des consommateurs de privilégier des produits « bio », les vignerons devront mettre en place ce nouveau mode de culture occasionnant un surcoût réel.

Là encore, un entretien avec Jean-Michel Guillon, un tout bon situé à Gevrey-Chambertin, et un des premiers bourguignons à suivre les règles particulièrement rigoureuses de la norme HVE (http://agriculture.gouv.fr/certification-environnementale-mode-demploi-pour-les-exploitations) me confirme l’augmentation réelle de ses coûts de production et surtout des soins bien plus constants à donner à ses vignes.

Si le monde de la vigne, par rapport à l’agriculture d’élevage ou céréalière, se caractérise par des formats économiques moins dépendants de certains monopoles de distribution, il n’empêche ! Les choses vont changer ! Les adaptations ne seront pas faciles.

Petit aparté sur les médias : au sujet du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) j’entendais ce matin de virulentes attaques contre le boeuf canadien qui allait envahir les rayons de la GD alors même qu’en France, on aurait des qualités nettement supérieures ! D’abord, bien rappeler que la majorité des viandes vendues en France sont des viandes de vaches, et non de boeuf. Or élever une vache pour son lait, c’est bien différent qu’élever un charolais. Et la qualité s’en ressent. Allez déguster un Tagliata di manzo con rucola en Italie à la Cantina Antinori à Firenze ou une côte de boeuf chez Dario Cecchini (photo du billet) à Panzano in Chianti (http://www.dariocecchini.com/dariocecchini/en/), et vous verrez que ce n’est pas la France qui fait systématiquement le meilleur ! Ensuite, que je sache, les canadiens n’ont pas un taux de cancer supérieur à celui des français et qu’ils auraient des goûts néandertaliens ! Bon : juste pour dire qu’il faut quand même, dans les médias, savoir mettre des bémols ! Défendre nos modes de culture exige un peu plus d’intelligence que cette série d’anathèmes sur ce qui se fait ailleurs.

Moderato cantabile : on a aussi du tout beau en France : simplement, une pièce de boeuf chez Guérard, à Eugénie, c’est simplement un sommet ! Et je suis certain qu’on me donnera d’autres adresses de ce niveau 🙂

Bon : c’est aussi le moment ou jamais de mentionner à quel point la Revue 180° et son petit frère sur le vin intitulé 12,5° sont impérativement à ajouter à votre bibliothèque d’amateur averti des bonnes choses de Bacchus et Comus.

Je mets donc ci-dessous leur très sage :

« DÉCLARATION DE L’HÉDONISTE LIBRE MANGEUR »

IMG_5413.jpg

Leur site : http://www.180c.fr/la-gazette/

 

 

 

 

3 Comments

  1. Mine de rien, dans un billet précédent où on annonçait la vente probable du célébrissime Clos de Tart à deux investisseurs venant du monde du vin, les Dassault et Roederer, nous avions faux sur … l’acheteur mais point sur l’objet de la vente ! C’est donc Pinault (propriétaire de Château Latour) qui a pu enlever le lot. Il n’y a probablement pas eu de cadeau sur le prix 🙂

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  2. Bonjour,

    Je me demande simplement si les adaptations que vont demander ces changements climatiques ne sont pas simplement pas « normales » dans la vie d’un vigneron, d’un paysan, d’un ouvrier. La Terre vie, les fruits et les plantes suivent.

    Ce que je tenais à souligner, c’est que malgré la rapidité constatée de ces changements (moins de 20 ans) les vignerons ont toujours su s’adapter. Et si la réponse cette fois ci est un retour à une agriculture plus saine, plus responsable, alors nos produits seront meilleurs…. mais surement plus chers…. De passage chez Emmanuel REYNAUD – RAYAS il y a 2 jours, il lui restait encore 3 jours de vendanges car il attendait désespérément la pluie. Ca me paraissait très tardif mais c’est le choix qu’il a pris. Et quoi qu’on en dise, on aime, on n’aime pas : le 2017 sera « différent » et c’est bien là ce qui m’attire, moi.

    Du coup, cela fait peut-être le lien avec votre post sur les rachats de domaines par de grands industriels (Clos Rougeard,…..). L’invitation du monde économique de haute voltige dans l’art viticole nous révélerait surement quelques subtilités (fiscales en particulier) que les familles en place n’ont pas.

    Bien à vous

    Frédéric

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  3. Oui : je suis certain qu’on est face à deux évolutions majeures :
    – la prise en compte de la nécessité d’éviter et plus tard d’éliminer tous les intrants chimiques, d’autant plus que l’état de certaines terres sont, sous cet aspect, des terres mortes !
    – l’acceptation et surtout le besoin de la diversité dans le style des vins. D’abord, comme dans le Sud-Ouest, par un rappel des cépages anciens, et ensuite par le fait que les consommations en « jeunes » années impliquent forcément un plaisir à développer… ce qui signifiera dans la plupart des cas, de mettre en avant le fruit.

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