The World of Fine Wine, n° 57… et autre lecture : « Du nouveau dans l’invisible ».

Impressionnant de diversité le contenu de ce dernier numéro ! 234 pages de belle densité dans lesquelles on retiendra surtout les sujets suivants.

Hugh Johnson

S’il est un homme du vin qui a à la fois une expérience mondiale unique et un sens de la modestie et de la relativité des choses, c’est bien cet amoureux du vin… et des jardins : son hobby.

Nous l’avons eu à Villa d’Este et chacun se souvient de sa façon de définir la critique : ne jamais jouer les divas, respecter les opinions des autres et ne jamais se contenter de notes sur 100 ou 20 bien trop réductrices. Là, dans ce n° 57, nous sommes en phase totale avec son point de vue, à savoir comment définir un « grand vin ». Le sentiment ultime de l’amateur pour définir un grand vin n’est point sa perfection technique, mais l’émotion qu’il procure. Quand bien même il y aurait quelques défauts ou insuffisances. Je le cite :

« An emotional memory can make a wine unforgettable. I don’t say a wine with every technical quality will leave me cold, but I still be looking for the emotion. »

Certes, cette émotion que nous trouvons tous dans certains vins qui nous laissent sans voix se nourrit souvent, sinon toujours, d’autres éléments que le simple jus, à savoir une visite au domaine qui nous aura marquée, un moment particulier où ce vin fut dégusté, des informations personnelles que le vigneron a pu nous donner. Allons au bout de ce raisonnement et donc, il n’y a aucune raison à ne pas nourrir cette émotion essentielle à notre mémoire du vin dans un beaujolais de Burgaud (son 1991), un gringet de Belluard dégusté à Chambéry avec le Grand Jacques, comme dans un Egon Müller Auslese de 1959. Des vins inscrits à vie dans la mémoire.

Michel Bettane

Du coup, on passe à son éditorial classique de la dernière page où il constate à quel point la vitesse et la réduction des informations vient d’entrer en force dans les outils de communication du vin. On le sait : depuis le départ de Parker, c’est pléthore de critiques plus ou moins sérieux mais dont l’influence est une véritable peau de chagrin. VIVINO est l’exemple parfait de ce changement d’outil quand bien même les classiques revues « papier » * continuent vaille que vaille à favoriser subtilement ou non, les annonceurs. Sa conclusion est intéressante : c’est maintenant au vigneron à faire des efforts de communication ! Je cite sa dernière phrase :

« With or without the help of intermediaries, merchants, or « influencers », producers need to adapt today in order to survive tomorrow. »

Hervé Bizeul va applaudir des deux mains à cette évidence, mais on voit bien à quel point c’est un tâche gigantesque qui attend des vignerons n’ayant pas forcément des capacités de marketing ou des idées les mettant sous les feux des projecteurs ! N’est pas le fils Lichine qui veut en mettant en vente un rosé à plus de $ 100 !

Arnaud Ente (très belle photo page 119)

Ce jeune vigneron fait maintenant partie des noms incontournables de la Côte de Beaune. Et du coup, les mêmes problèmes que Coche-Dury ou autres noms sous les radars : pas assez de vins, des demandes incessantes, … et fatalement des prix qui vont monter !

Dans les pages suivantes, une étude de fond du neurologue Philip Ente, son lointain cousin docteur de Santa Barbara, qui fut conférencier au VDEWS, sur notamment le sens de l’olfaction chez les professionnels comme chez les amateurs.

A rapprocher des travaux de Gabriel Lepousez à l’Institut Pasteur qui sera avec Axel Marchal un de nos conférenciers cette année à Villa d’Este.

Ente.jpg

Philip Ente (et son épouse Angela) qui a été conférencier à Villa d’Este

Autres sujets intéressants

Une verticale de l’Apparita, ce 100 % merlot de Castello di Ama (Lorenza Sebasti et Marco Pallenti) qui a eu son heure de gloire lors d’une comparative avec Petrus où il a réussi à ses origines un coup médiatique de référence.

Enfin, le retour des cuves en terra-cotta fait l’objet de 10 pages avec un beau reportage sur des vins arméniens, américains, géorgiens, italiens, portugais.

  • Bordeaux est toujours présent, comme le Champagne, avec des pages sur Lafon-Rochet, Petit-Village, le millésime 2006 chez Salon, les crus de Veuve-Cliquot ayant vieilli en mer.

Pages 84 à 87, présentation du millésime 2014 au Domaine de la Romanée-Conti dont je cite ici le style général selon l’auteur Michael Schuster :

« A generous middleweight, fresh and finely tannic; sweet-fruited, pure, vital, succulent, and gently mouth-coating; prolonged in fruit sweetness on a persistent aftertaste. Lovely wine. A graceful, fine-boned beauty, combining sweetness, charm, class, enticement. Here is a pronounced gentle energy, a great tenacity of taste, a great temptation to linger as you savor – the archetypal « great » red Burgundy combination of sweetness, delicacy, transparency, understated power, and peacock’s-tail radiance of aftertaste. Wonderfull Wine. »

Tout est dit sur un millésime qui fera date, que personne n’en doute !

Ma petite cerise sur le gâteau : lors de la dégustation à l’aveugle des effervescents britons, le n° 1 est le Domaine Nyetimber… qui nous fera un atelier sur ses crus cette année au Symposium à Villa d’Este. On va taster avec gourmandise 🙂

AUTRES LECTURES

Reçu ce jour le dernier opus collectif de Jean Audouze – Michel Cassé – Jean-Claude Carrière** intitulé : « du nouveau dans l’invisible » aux éditions Odile Jacob. Ces échanges à vif entre ces trois pointures sont fascinants car écrits avec simplicité, jonglant du petit à l’infini et toujours avec cette passion pour tant de choses qui restent à découvrir en astrophysique.

Lire les vues de scientifiques sur notre monde, c’est toujours bénéficier d’un éclairage particulier. Et cette forme de discussions entre un Jean-Claude Carrière, grand scénariste s’il en est, qui pose de belles questions et les réponses de ces deux astrophysiciens ne partant jamais dans d’obscurs commentaires, c’est « rapicotant » en diable ! Pour € 22, vous allez vous régalez d’intelligences ! Un livre où on peut papillonner quelques pages avant de s’endormir. Lisez, page 141 le Test de Turing qui consistait:

 » à faire converser des humains avec un ordinateur sans qu’ils se rendent compte qu’il s’agissait d’une machine. »

Je ne vous donne point la réponse : à vous de la chercher 🙂

  • * il est évident, pour les grands amateurs, qu’il y aura toujours des lectures importantes comme THE WORLD OF FINE WINE ou, en France, VIGNERON plus orienté vers des monographies de domaines ou d’appellations. Mais, hélas, ces revues restent trop confidentielles.
  • ** : Jean-Claude Carrière est le scénariste de Buñuel, de Haneke, adaptateur de Peter Brook ou de Cyrano de Bergerac, auteur de La Controverse de Valladolid, du Vin bourru et des Conversations avec Jean-Jacques Rousseau. On relira avec profit le dialogue repris sur le blog de Nicolas de Rouyn entre Carrière et François Mitjavile, tout autant vigneron au Tertre Roteboeuf que philosophe par passion ! C’est ici : http://bonvivantetplus.blogspot.fr/2013/06/jean-claude-carriere-et-francois.html

Carrière.jpg

Jean-Claude Carrière à la remise de la Légion d’Honneur (commandeur) à Jean Audouze

5 Comments

  1. Avec toutes mes excuses sur la première version de cet article avec cette erreur d’auteur du papier sur le cerveau des dégustateurs ! Les deux articles se suivant dans TWFW ont fait que j’avais « loupé » les prénoms.

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  2. @ T : ce type de remarque que je n’approuve point, n’a rien à voir avec le sujet traité.
    Donc bénéficie chez moi du qualificatif : « superfétatoire ».

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  3. ça n’en reste pas moins désolant!. par contre une recherche internet concernant Gabriel Lepousez donne des pistes passionnantes, ceci rettrape cela!. c’est vrai que là on ne boxe pas dans la même catégorie

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