Aux lecteurs du Figaro Mag de ce 22 juillet : une autre vue salutaire sur la cave du sieur Chasseuil.

Désolé, mais là mon sang n’a fait encore qu’un tour avant de monter en température !

Dans son n° du 22 juillet, Le Fig Mag – signature de l’article : Nicolas Ungemuth –  pages 58 à 63, dresse un mausolée au sieur Michel Chasseuil – qui ne mérite nullement le caractère « gras » – qui se vante, avec 40.000 bouteilles, d’avoir la plus belle cave du monde. On ne va pas revenir sur les modes d’acquisition de ces bouteilles vénérables dont certains aspects semblent « bizaroïdes ».

Mais les lecteurs de ce Fig Mag doivent entendre un autre son de cloche et donc je remets ci-dessous un billet que j’avais écrit à ce sujet en 2008.

Faut quand même pas pousser mémé dans les orties, fan de zou !

Mardi 23 Décembre 2008

Je ne connais pas Michel Chasseuil si ce n’est de l’avoir brièvement aperçu à la télé avec Olivier Poussier, montrant avec une parcimonie bénédictine de gestes, une collection apparemment unique de 20.000 bouteilles de grands crus s’étalant sur 3 siècles.

A rendre (presque) jaloux le glorieux Audouze assez fier de la sienne.

Ce Monsieur Chasseuil ne me l’a pas dit personnellement, mais il semble l’avoir fait ici et là, lors d’interview ou de visites de prestige dans sa cave de Chapelle-Bâton : ces bouteilles ne sont pas destinées à être dégustées, mais à rester telles quelles, figées dans l’histoire.

Ma fois : si chacun a parfaitement le droit de faire ce qu’il veut de ses biens, cet homme a parfaitement le droit d’exiger que ces bouteilles ne soient jamais débouchées et s’il les offre un jour pour un musée, ne doutons pas une seconde que ce sera une clause majeure à respecter.

Il n’empêche : à titre perso, je considère cela non seulement comme la suprême insulte pour le travail des vignerons, un dédain inouï pour le but final de leurs crus – être dégustés par de vrais amateurs – mais, pire encore, comme l’ultime preuve qu’une collection peut être quelque chose de profondément vain, ostentatoire, orgueilleux et … crétin.

Je m’explique : qu’on crée une collection à partir de bouteilles bues, accompagnées d’un billet détaillant les circonstances, les amis, les commentaires, voilà quelque chose qui aurait une certaine valeur. Il y aurait là une information intéressante pour l’amateur.

Mais qu’on mette là 20.000 bouteilles pleines, qui sont déjà mortes ou vont mourir, sans avoir pu offrir à quiconque le fruit du travail d’un homme qui a espéré toute sa vie que le fruit de son labeur soit apprécié, c’est d’un non-sens total.

J’arrête là, car je vais dire plein de gros mots. J’invite simplement ceux qui comprennent la langue de Shakespeare à lire le vif, très vif commentaire de Robert Parker sur son forum à ce sujet. C’est du sans bavure. Du sans gants.*

CRITIQUE :

Ma foi, je ne vois pas trop ce qu’il y aurait de faux dans ce billet si ce n’est que Chasseuil, hier soir, a parlé de 40.000 bouteilles et non 20.000 comme indiqué dans ce billet de 2008.

En fait, plus je pense à cette accumulation de grands noms, plus je pense qu’un tel acquis pourrait servir quelques nobles causes basées sur l’opération suivante :

1 : organiser une fois l’an une journée dédiée à la dégustation de certains de ces crus, sur un thème de millésimes/régions/AOC. Payante mais à un prix raisonnable. A tout le moins, le but d’un vin qui est d’être dégusté serait réalisé et ce serait là un signe majeur de respect pour le vigneron.

2 : verser le produit financier de cette opération à quelques ONG qui en ont bien besoin. Ça ne doit pas manquer en ce moment. Certes, encore faut-il que le sieur Chasseuil ait cette générosité : mais n’a t’il pas dit hier soir qu’un richissime amateur lui a proposé 50 millions d’euros pour sa cave et, en faux grand seigneur qu’il est, son geste de dédain a été un moment d’immense vanité sachant par ailleurs qu’il y a eu quand même quelques tractations financières non abouties eu égard à ses exigences en la matière. Hypocrisie puissance 10.

3 : permettre enfin à quelques pointures de la dégustation qui feraient partie de ce panel annuel, d’écrire des commentaires circonstanciés lesquels seraient alors pour les générations futures la trace réelle laissée par ces vins de prestige plutôt que la bête contemplation de bouteilles pleines en train de mourir gentiment alors même – on se répète – que :

le but fondamental et final d’un vin est d’être consommé et apprécié en n’oubliant jamais – là aussi je me répète – de penser au vigneron qui l’a créé sur la terre dont il avait la charge.

Si l’on me permet une comparaison un peut tordue, je l’avoue : cette situation figée de grands crus est un peu équivalente à un musée qui listerait au public toutes les oeuvres qu’il abrite sans jamais permettre à quiconque de les admirer.

Que le sieur Chasseuil prenne exemple sur ce riche citoyen américain qui a offert au Musée d’Orsay (à vérifier) l’ensemble de sa propre collection afin que chacun puisse la voir dans un cadre idoine et sans qu’il ait cherché à en moyenner la valeur financière.

Là encore je n’oublie pas que les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Certes, certes…

Va savoir, Charles !

Et un autre papier (en 2013) où, toujours ce sieur Chasseuil s’émeut de la vente de vins élyséens à des « étrangers ». Là encore, j’avais eu un coup de chaud, non mais sans blague !

On lit ici et là quelques commentaires sur cette vente « petits bras » d’une partie de la cave présidentielle. Monsieur Michel Chasseuil n’a pas aimé.

Nous non plus, mais pas de la même façon.

Là où on peut critiquer le besoin démagogique d’un gouvernement souhaitant montrer des exemples futiles d’économies afin de cacher celles qui vraiment sont nécessaires, ce Monsieur Chasseuil se plaint de constater que ce sont des étrangers qui achètent ces crus estampillés « Cave de l’Elysée ».

Comment peut-on passer ainsi à côté des fondamentaux du vin ?

Un cru est fait, fondamentalement, pour être bu, et si possible à son optimum d’évolution. C’est le but recherché par le producteur, c’est le but de l’amateur, c’est le but de ce secteur économique.

On a écrit  à quel point la « collectionite » est, en matière de vins, quelque chose de critiquable, sinon de détestable. Je le redis : c’est une insulte au travail du vigneron autant qu’une vaine gloriole de vanité et de suffisance pour le collectionneur qui exige qu’aucune de ses bouteilles ne soit consommée.

Certes, on comprend parfaitement la nécessité des vinothèques des domaines, des châteaux où là le but est de laisser aux générations futures quelques flacons qu’ils pourront déguster en souvenir de générations passées. Ce que fait avec panache la Maison Bouchard Père et Fils.

Ceci admis, de quel droit Monsieur Chasseuil voudrait interdire à quelques richissimes asiatiques le fait d’acquérir de telles bouteilles mises en vente par La Tour d’Argent, le palais de l’Elysée ou je ne sais quel autre cave de prestige ? Qu’est ce que c’est que ce nationalisme de médiocre facture ? Tout le but de ce secteur économique, qui apporte plus de 9 milliards d’euros à la balance commerciale française, est bien de faire apprécier dans le monde entier un produit, le vin, qui, chez nous, a pris depuis des siècles ses lettres de noblesse ? Quel malthusianisme vulgaire appliqué au vin !

A quel titre devrions nous interdire à un non-français de s’intéresser à ces vins ? Parce qu’ils quitteront le territoire ? Et alors ? Parce qu’on a pas les moyens de se les payer ? Sans oublier que rien ne dit que le contenu soit au niveau du contenant…: il y a tellement d’autres crus à l’étiquette moins célèbre, qui sont capables de nous apporter les mêmes satisfactions gustatives, sinon supérieures ! Ne jamais oublier la chance énorme que nous avons de vivre dans le pays où ces vins sont produits !

Chacun sait qu’il en reste largement assez dans toutes les caves et qu’on doit bien plutôt blâmer ces vins oubliés qui meurent implacablement alors même qu’il y a tant d’amateurs qui aimeraient les déguster : n’est-ce pas Monsieur Chasseuil ?

On devrait applaudir des deux mains ces généreux amateurs étrangers ! Car, contrairement à Monsieur Chasseuil, plus que probablement ils trouveront des occasions pour déguster ces crus avec des amis autour de soirées conviviales. Et, petite cerise sur le gâteau, encore ne faut-il pas oublier que nos amis de La Pergola à Rome, Marco Reitano (membre GJE) et Heinz Beck (chef ***) ont acquis une belle partie de cette vente qui sera donc mise sur la carte de ce restaurant romain.

Bon : on ne va pas s’énerver trop sur de telles futilités. Gardons simplement en mémoire, et en restant sur un simple plan économique, que bien des producteurs disent merci chaque jours à ces amateurs étrangers qui leur permettent de vivre décemment de leur travail.

Maintenant, si on ajoute à ce volet économique un tantinet réducteur, un volet de culture et de prestige pour le pays, on voit à quel point au lieu de condamner et de critiquer ces acheteurs étrangers, on devrait les remercier plus que chaleureusement !

M’enfin, ce que j’en dis…

  • * j’ai retrouvé un passage du commentaire Parker sur ce sujet :
  • « Re: Greatest wine cellar to become a museum
    Shameful….sounds to me like much of it is already expensive vinegar,and a collection of prestige labels….so many better purposes….start a charitable foundation funded with tastings from that collection…a museum of full bottles is the last thing anyone needs…I suspect far too many people who drink those « rarities » only care about the label anyhow…so why not put 20,000 empty bottles on display?..more to this story than what is in that article….think I will empty a few extra bottles tonight….

3 Comments

  1. Ce qui me semble le plus grave dans l’histoire du sieur Chasseuil c’est qu’il a pu construire cette collection (inutile) grâce à des salaires déguisés versés par Dassault. Et que, bien sûr, ces émoluments ont échappé à toute cotisation sociale (retraite, sécu, chômage,…).
    A l’heure ou l’on chasse les déficits à coup de « jours de carence », on peut s’en offusquer (pour être plli). Mais c’est sans doute mon esprit de gauche …

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  2. Comment, malheureusement, ne pas être d’accord avec ce commentaire ? Non qu’il soit déplacé, hors de propos ou mal ciblé : au contraire, il est dramatiquement juste. Quelles est la vraie valeur du silice, papiers et métaux des bouteilles de M. Chasseuil ? Zéro à part alimenter son contentement de soi. Quelle est la valeur du liquide : prometteuse au moment du travail du vigneron, tout à l’apogée du vin. Seulement si l’on peut la constater. Or, pas bu, pas vu ! M. Chasseuil assassine donc tout ce qui fait la valeur de sa cave et laisse vivre tout ce qui en fait son égoïsme. C’est non seulement idiot – d’abord pour lui-même – mais surtout antinomique avec ce qu’il annonce être la raison de « l’oeuvre » de sa vie : collectionne-t-il les étiquettes ou le vin ? Chapeau l’artiste ! Suggestion : une main charitable, pour les vignerons et leur OEUVRE, vraie celle-là, pourrait-il lui fournir bouteilles, étiquettes et collerettes à échanger avec sa collection….;) ?

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