Spécificités de la Bourgogne du vin

Si mes lecteurs réguliers ont bien compris que je développe une passion supérieure pour la Bourgogne du vin, du Beaujolais au Chablis, ils savent, les voyous, qu’il y a une dose discutable de subjectivité dans mes billets traitant du sujet. J’ai écrit « discutable », pas « extravagante » : merci d’éviter de fausses interprétations hâtives !

🙂

Aussi, si j’apporte à ma défense un pur Briton, connu pour son sens de la mesure, ses connaissances, son histoire remarquable – le fameux Jugement de Paris en 1976 dont il fut l’initiateur -, on pourra constater à quel point, en mots différents certes, nous ne sommes point trop éloignés l’un et l’autre dans notre vue des choses.

Steven Spurrierc’est donc de lui qu’il s’agit – interviewé par Gabrielle Vizzavona pour le site « Figaro-Vin », explique dans une grande élégance très british un état des lieux entre Bordeaux et Bourgogne.

http://avis-vin.lefigaro.fr/vins-bourgogne/o132912-la-bourgogne-vue-par-un-anglais

Si son commentaire traite spécifiquement de l’Angleterre, ce qu’il dit peut aussi s’appliquer, sans trop de modifications, à d’autres pays.

Le Figaro-Vin © ne m’en voudra pas de citer le dernier paragraphe de cet interview: il faut bien que je titille mes lecteurs paresseux n’allant point cliquer sur l’adresse ci-dessus. Profitons en, par ailleurs, pour dire combien on trouve des sujets vineux particulièrement d’actualité et bien traités sur ce site : petit retour sympathique d’ascenseur, n’est-il point ?

Je cite :

« Steven Spurrier : Il y a toujours eu d’excellents bordeaux, et la région bénéficie d’une bonne presse grâce aux derniers millésimes. Mon fils est producteur de télévision à Londres. Il peut s’offrir tout le vin qu’il souhaite, mais il n’achète jamais de bordeaux car il trouve cela ennuyeux. Dans un sens, Bordeaux a perdu son marché ici. Pas pour les gens de mon âge ni pour les marchands, mais pour la nouvelle génération, c’est presque le vin d’hier. Bordeaux veut faire des vins intellectuels : on achète un château, et on sait à quoi s’attendre. Quand on pense à la Bourgogne, on pense à de petits domaines, à des vins d’artistes – en opposition aux grandes propriétés girondines, comme Latour, qui fait presque 100 hectares. Il y a un sens de la famille et de l’émotion, un mystère préservé. On ne sait quasiment jamais à quoi s’attendre, mais quand c’est bon, la satisfaction dépasse les attentes. Il y a une citation de l’écrivain irlandais Maurice Healy qui résume bien cela, quand il écrit « Burgundy at its best is better than Claret at its best » : le meilleur des bourgognes est supérieur au meilleur des bordeaux.

Mettons sereinement quelques bémols :

  • On a quand même à Bordeaux des « petites » propriétés, particulièrement en rive droite, qui sont encore des affaires de famille. Type « Lafleur » à Pomerol. A croire que les Guinaudeau sont nés à Beaune ou à Nuits. Et il existe bien des amateurs sachant cela.
  • S’il est vrai – comme il est écrit par ailleurs dans cet interview – que les tendances actuelles sont de s’intéresser aux régions de mono-cépage comme le sont la Bourgogne et le Piémont, l’histoire démontre toujours largement à quel point certains crus bordelais sont capables de procurer des surprises après plusieurs décennies. Des flopées de notaires, toubibs, juges, avocats ont toujours affirmé que seul le Bordeaux était un vin sérieux. Vous noterez que je n’ai point cité le clergé catholique, chanoines en tête, bien plus bourguignon que ces nantis civils de profession libérale. Certaines caves discrètes en sont un témoignage vivace !
  • Enfin, si les vignobles européens connaissent un tel succès mondial, ne jamais oublier que tout est parti de la région bordelaise avec cet amour total de ses vins par Robert Parker avant qu’il ne se prenne de passion pour le Rhône.
  • Mais bon : on sait aussi à quel point Bordeaux, qui a encore un peu de morgue dans son ADN, se doit de reconquérir les jeunes amateurs, bien moins fidèles au prestige des étiquettes que nos anciennes générations.

Bref : lisez cet article du Figaro-Vin, court, concis mais qui explique bien des choses sur la situation actuelle.

Guinaudeau

Monsieur Guinaudeau, Château Lafleur : les moustaches trahissent-elles des accointances bourguignonnes ? … Va savoir, Charles !

6 Comments

  1. « Burgundy at its best is better than Claret at its best » ; le poncif du temps chez les sachants du moment dont on ne va pas tarder à revenir … Latour ? 100 hectares ? Diable ! On touche là à l’industriel, dont par ailleurs on se lamente de la perte

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  2. Bonsoir Candide,

    Quelque soit l’époque, vous aurez toujours des inconditionnels de Bordeaux comme le si gentil Jeff Leve (http://www.thewinecellarinsider.com/) que j’ai introduit en bordelais un peu trop hâtivement, et des inconditionnels de la Bourgogne… dont je suis depuis un temps restreint.
    Ce qui ne m’empêche nullement de rester fidèle à une bonne douzaine d’amis bordelais.
    Mais, que voulez vous, 20 ans de dégustations régulières au GJE m’ont montré à quel point le cerveau est redoutablement esclave des étiquettes.
    Ceci dit, j’accepte des deux mains que vous avez une nette préférence pour Bordeaux : vive un monde où la généralité n’est point la règle !

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  3. Fort heureusement, au-delà des clichés, et il est assez amusant de voir Spurrier épouser les postures défendues par Nossiter en son temps (et de Suckling – dix ans d’avance sur Steven), le goût du bon vin perdure, en Gironde, en Bourgogne et en mille autres lieux.
    Nota: curieux la présentation de votre nouveau blog ; le dernier sujet en date semble toujours se situer dans une espèce de brouillard grisonnant.

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  4. Vous mettez le point sur la nullité totale de mes compétences en matière de site internet alors même que je sais que ce moteur WORDPRESS permet des multitudes de mises au point.
    Mais impossible de trouver un bon technicien que me ferait tout cela en un tour de main.
    Bon : pas grave, je cherche et je vais trouver, fan de zou !
    Ceci dit, si Spurrier reprend un peu le thème de Nossiter, il n’y inclut certes pas les options politiques sous-tendant le film de Nossiter que j’ai bien critiqué en son temps !

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