Leçons de choses en Bourgogne

A l’occasion d’une invitation au Festival de Musique du Clos Vougeot – un succès majeur – vous pensez bien que nous avions prévu, avec nos amis américains venus pour l’occasion – Kevin Shin et Kelly Walker, deux GJE – , quelques visites de Domaines histoire de taster les 2016.

Je mettrai plus tard en ligne leur propre compte-rendu mais je peux déjà vous dire qu’aussi bien au Domaine de la Romanée-Conti que chez Rousseau ou Mugnier, ce que nous avons goûté mérite les plus beaux éloges. Ce 2016 qui suit un 2015 unique en Bourgogne, restera également un sommet… et chacun espère qu’avec un 2017 qui se présente bien, on aura ainsi une trilogie historique dans cette Côte d’Or qui attire tellement d’amateurs du monde entier !

A chacune de ces visites, la classe de ces propriétés est de nous offrir en dégustation des millésimes déjà disponibles, certains datant du temps des grandes heures ! Bref : de réelles émotions de tout haut niveau et on ne remerciera jamais assez ces Domaines pour cette générosité tout à fait exceptionnelle.

Chez Jean-François et Raphaël Coche-Dury (photo du sujet) où on met en place une politique de mise sur le marché du Corton-Charlemagne qu’après des années de garde au Domaine (le 2010 est toujours en cave), ce qui a été le plus bluffant après une série de blancs montrant à l’évidence la force des climats sur le style du vin, ce furent deux vins rouges : un Monthélie 2015 et un Auxey-Duresses 1996.

S’il est vrai que bien des Propriétaires – Frédéric Mugnier en tête – reprochent aux restaurants de mettre en vente immédiate des crus devant impérativement vieillir quelques années, le fait pour ces Domaines de garder en cave autant de vins a un coût réel quand bien même – comme à Latour – le jour de la mise sur le marché, les prix peuvent prendre en compte ces frais supplémentaires de garde en cave à la propriété. S’il est vrai que même un Chambertin jeune peut offrir un fruité époustouflant, tous les grands crus de la Côte de Nuits (et le Corton de la Côte de Beaune) sont des vins à découvrir après au moins une bonne décennie de cave à bonne température !

Revenons à notre visite à Meursault. Qu’il nous soit permis une comparaison parfaitement légitime pour ces deux crus rouges : ici, chez Coche-Dury, on veut impérativement des vins rouges sur le fruit, tout en délicatesse, avec une finesse digne des grands vins de la Côte de Nuits et surtout sans extraction excessive. Comme on ( = je) le dit de façon totalement amorale :

« un vin de petit-déjeuner, à boire à deux, avec un qui ne boit pas » !

🙂

Il y a probablement des restaurants comme le Pot d’Etain qui en ont ou Troisgros : aussi, pas d’hésitation. Si vous voyez ces crus rouges de Coche-Dury sur une carte de vins n’hésitez pas : chefs d’oeuvre de finesse, de fruit, de délicatesse. Des sommets en la matière !

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Avec Frédéric chez Rousseau  : pas de sourires tristounets !

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Oui, oui : les Amoureuses sont toujours un sommet ici chez Mugnier !

Mais le Chambolle « Les Fuées » ou le « Nuits Clos de la Maréchale » (je suis un fana du blanc) sont itou des beautés plus abordables !

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Bernard Noblet : cet homme de la Romanée-Conti est à lui seul une leçon d’histoire de la Bourgogne. On reste pantois devant sa simplicité, sa modestie, son langage du vin.

Ce qui est bien aussi en Bourgogne, ce sont les rencontres inattendues comme ces repas au Montrachet, l’hôtel-restaurant à fréquenter à Puligny-Montrachet. Cela commence par des échanges discrets entre tables, histoire de faire goûter à l’aveugle ou non, des vins de partage. La bouteille de Syrah VV 2013 de Simon Maye (offerte par Raphaël : mille merci !!!) a cartonné comme pas deux !

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On était bien parti pour de belles choses ! Voilà la suite de ce déjeuner mémorable :

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Fouillez vos mémoires : c’est quoi ces « Quatre Journaux » ? Millésime de référence : yes !

Explication des « Quatre Journaux » en commentaire : je suis trop bon 🙂

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Là, simplement une page d’histoire qui restait très belle.

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La douceur du jour au Montrachet : une interprétation délicate du cheesecake !

Alors, pour ceux qui vont nous dire des gros mots sur cette accumulation de moments uniques en Bourgogne qui frisent la correctionnelle, un petit rappel sur une ouverture de cave du temps des grandes heures. On savait vivre au XXème siècle.

Article de Jacques Gandebeuf©, un journaliste sérieux. Date : 1985

 » Je connais une femme de vigneron qui vit dans la perplexité. Elle voudrait bien savoir comment a fait son mari pour revenir vivant d’une embuscade, mais n’ose pas lui poser trop de questions.
Il est vrai que le mystère est total. Notre ami, qui vit en Bourgogne, a participé tout récemment à un dîner historique lors duquel une vingtaine de compères ont goûté 68 bouteilles de vins !
Et je ne parle pas du champagne qui mit fin à la dégustation.
J’ai bien essayé à mon tour de lui tirer les verres du nez, mais il n’a jamais voulu me dire l’endroit où il s’était rendu. Par contre, il m’a raconté son aventure, qui dura il est vrai, treize heures et trente minutes, montre en main. De l’autre côté de la Saône, c’est tout ce que j’ai appris (ndlr : depuis, nous savons que ce fut à Meursault).
« C’est un copain qui nous avait invités, pour inaugurer sa nouvelle cave. Mais au lieu de consulter un sommelier, il nous avait demandé d’apporter chacun deux ou trois bouteilles millésimées. »
Diable, lui dis-je, « c’était beaucoup trop, non ? ».
« Pas tant que ça. Réfléchissez bien. Nous étions des gens sérieux. Il y avait même un juge parmi nous. D’ailleurs divisez 68 par treize et demi, ça fait du cinq bouteilles à l’heure. Divisées par 20, il n’y a pas de quoi en faire un plat ».
Justement, vous aviez à manger ?
« Bien sûr. C’est un chef trois étoiles qui avait préparé le repas. Et vous allez voir qu’il fut à la hauteur ».
Vous n’aviez pas vos épouses ?
« Non, pas de femmes. Pas de service. Pas de cravate. On a parlé que de vin tout le temps ».
Racontez-moi ça.

« Eh bien, on a commencé par des toasts à l’apéritif, avec 14 bouteilles pour faire passer :

• un gris de Toul 80
• un gros plant nantais
• un muscadet Sèvres & Maine
• un apremont 81
• un crépy du Léman
• un sancerre blanc 81
• et un autre rouge, de la même année
• un chinon 81
• un macôn rouge 82
• un saint-véran 82
• un pouilly fumé 76
• un vouvray 76
• et un chablis grand cru 77″

Ça devait aller déjà mieux … ?
« Oui, mais n’oubliez pas que nous étions 20. Pour chaque bouteille, nous n’avions qu’un demi-verre. Pas Plus ! ».
Et après ?

« Après, eh bien, on a attaqué le cochon de lait ».
J’attends la suite.
` »La voici :
• un pouilly fumé 82
• un chassagne-montrachet 78
• un puligny 78
• un pouilly fuissé 78
• un meursault clos du cromin 79
• et un meursault narvaux 79″.
Vous deviez avoir faim ?
Oui. On a mangé un foie gras du Périgord ».
Ne me faites pas languir …
« Des blancs, bien sûr :
• un corton charlemagne 79
• un corton charlemagne 72
• château coutet premier grand cru 69
• château d’yquem 71″.
Et après ?
« On nous a servi un saumon frais de Norvège à l’oseille, accompagné d’un :
• meursault perrières 79
• meursault genevrières 78
• meursault charmes 79
• un autre, charmes 50
• un autre, goutte d’or 76
• un goutte d’or 71

pour finir avec :
• un bâtard montrachet 71
• un montrachet 73″.

Il était peut-être temps de passer au rouge, non ?

« J’y arrive … On a d’abord mangé une tourte bourbonnaise, et pour faire le trou normand, nous avons bu :
• un beaujolais 82
• un saint amour 81
• un saint joseph 80
• un hermitage 81
• un bandol 75
• un châteauneuf du pape 79
• une côte rôtie 77
• un fleurie 64″.

Je suppose qu’alors sont arrivées les choses sérieuses.
« Exactement. Avec le baron d’agneau entouré d’une fricassée de champignons, nous avons attaqué :
• un château lynch-bages 76
• un château pichon longueville 74
• un château ducru-beaucaillou 78
• un château léoville poyferré 76
• un château ausone 79
• un château margaux 77
• un château haut brion 78
• un château latour 78
• un château lafite rothschild 74
• un château petrus 73
• un château cheval blanc 70

Vous aviez peut-être faim ?

« Oui. Alors on a dégusté un sanglier sauce grand veneur, bien soutenu par :
• un cos d’estournel 76
• une petite chapelle chambertin 79
• un latricières chambertin 79
• un ruchotte chambertin 79
• un chambertin 79″.
Vous m’en direz tant.
« Ne vous moquez pas ! C’était l’heure des fromages. On a servi avec :
• un corton 72
• un corton 71
• un clos de la roche 70
• un beaune cuvée Nicolas Rollin 79
• un château chalon 73
• un clos de tart 62

• un santenay gravières 47
• un grands échezeaux 70
• un richebourg 49
• un grands échezeaux 47
• un richebourg 47″.

Ça doit faire le compte !
« Oui, mais avec le dessert, on a bu du champagne cuvée grand siècle 68 ».
Dites moi la vérité. Vous n’en aviez pas assez ?
« Non. Très lentement, comme ça, nous avons très bien tenu le coup. Il n’est pas resté un fond de bouteille. Même le château chalon qui n’était pas bon « .
Vous avez eu des préférences ?
« Oui, pour moi, le petrus 73, le gravières 47, le richebourg 49 et le grands échezeaux 47 ».
Vous avez dû vous amuser !

« Pas tellement ! Nous étions tous des gens sérieux, je vous l’ai dit. Outre le juge dont je vous ai parlé, il y avait le directeur de la romanée conti, et le responsable des vins des Hospices de Beaune ».

Pas eu de problème pour rentrer ?

« Non, pas du tout ! Mes réflexes étaient bons et d’ailleurs, on ne croise pas souvent de gendarmes sur nos petites routes. En fait, je vous l’ai dit, nous avions bu très peu. ».

Jacques GANDEBEUF © 1985

 

4 Comments

  1. HORS SUJET, QUOIQUE…

    La lecture du dernier n° de CAPITAL, le 310 de juillet, traite de la région bordelaise qui va chauffer due à l’arrivée du TGV de Paris en 2H04 !
    Je ne connais point le ou la journaliste Zelina Chaffin qui a rédigé les pages 150 et 151 sur « Les bonnes tables du vignoble bordelais », mais pan sur la cafetière ! Outre que l’article ne parle que des « noms » fréquentant tel ou tel endroit, c’est assez rigolo de lire pour la Terrasse Rouge – une bonne adresse au-dessus du château La Dominique de la Famille Fayat, avec un excellent RQP – on a une vue sur les châteaux suivants : je cite :
    Margaux (!!!!!!!) et Angelus (!!!). Et on ne cite même pas le superbe chais de Cheval-Blanc, son voisin immédiat !
    Il y a des relectures qui se perdent, fan de zou !

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  2. Soyons humains et donc informons nos lecteurs du sens « quatre journaux » en mettant ci-dessous ce que nous dit le site de la Maison Louis Latour :

    http://www.louislatour.com/fr/vins/107/romanee-saint-vivant-grand-cru-les-quatre-journaux

    « La Famille Latour est propriétaire d’une partie de la Romanée-Saint-Vivant depuis décembre 1898. « Les Quatre Journaux » est une magnifique parcelle situé au sud-ouest de la Romanée-Saint-Vivant, à quelques mètres de la Romanée-Conti. Un « Journal » est une ancienne mesure bourguignonne correspondant à environ 0.40 hectares (34,28 ares)*. Bien que l’achat initial de la famille LATOUR porta sur l’intégralité de la parcelle, la moitié fût revendue par la suite. Aujourd’hui la Maison Louis LATOUR est propriétaire de 0.8 hectares de Romanée-Saint-Vivant. Vin Merveilleusement aromatique, à la texture veloutée, il culmine vers une fin de bouche persistante et puissante. C’est l’un des plus grands vins rouges de la Maison. »

    *Soyons explicite : cette superficie est celle que pouvait labourer un vigneron en une journée.

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  3. Le décès de Simone Veil

    S’il est une personne qui a montré à quel point l’Humain peut être grand, c’est elle. Sans aucune discussion, elle mérite pleinement de rentrer au Panthéon par la grande porte. Ce sera un minimum pour honorer sa mémoire.
    Rarement une Personne politique a tenu toute sa vie, et de façon indiscutée, la force et le côté entier de ses convictions.
    Une leçon de vie.

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