Angelo Gaja

Du temps des grandes heures, et bizarrement suite à des lectures répétées du Lutrin de Monsieur Nicolas Boileau-Despréaux, j’aimais brosser sur mon blog « mabulle » quelques portraits de gens méritant respect et affection.

La plupart de ces portraits furent écrits en l’an 2009.

En ce week-end où vont s’annoncer quelques moments difficiles en terre gauloise, quelque soit le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, laissons nous aller à évoquer ce portrait – aucune correction de faite sur l’édition de 2009 – d’un tout grand Monsieur de l’Italie du vin, Angelo Gaja.

Comme tout un chacun, il a pris de la bouteille depuis 2009 mais gageons que son séminaire cette année à Villa d’Este – Changement climatique et Artisans du Vin – saura susciter autant d’enthousiasme que sa première prestation où il compara le vin européen au vin américain sur l’exemple de Marcello Mastroianni versus John Wayne. Il eut droit à une standing ovation … et de grandes sueurs pour les Dames qui traduisaient en français, anglais, allemand un italien « velocissimo » qu’il aurait fallu de temps en temps interdire au moins de 18 ans, tant le verbe était explicite et direct. Nous lui avons promis de ne point diffuser l’enregistrement intégral vidéo de cette prestation mémoriale jusqu’au jour – qu’on espère bien lointain – où Saint Pierre l’accueillera avec gourmandise.

Voilà donc ce qu’on écrivait en l’an de grâce 2009, le mardi 28 avril :

L’Homme est beau, c’est incontestable et incontesté. Il a l’ampleur des empereurs romains, cette dynastie des Jules née avec la puissance naturelle et impérative des commandements.

L’œil vient de l’aigle, les lèvres de Michel-Ange et le front du Titien. Le pied est large, pour une assise supérieure, et plus d’un accélérateur a souffert de la force déployée entre Barbaresco et Bolgheri dont il détient le record officieux, de nuit comme de jour.

Particulièrement conscient de sa nature que seul le mot « entier » peut définir, il en a vite compris l’impérieuse nécessité de la vivre seule; professionnellement, s’entend !
Non point que les autres soient des dindons (quoique) mais quand on a l’habitude de rester en surmultiplié, attendre les autres devient très vite agaçant. Et Angelo n’aime pas agacer Gaja.
Parfois quelques compagnons sont acceptés pour un bout de chemin… à condition qu’ils viennent d’ailleurs. Confer Guigal, compagnon de salons comme Vinexpo.
Mais ne nous méprenons pas. L’orgueil est ici une qualité qui a permis des réalisations d’exception. A tous les niveaux, les actions menées ont été suivies, admirées, commentées, jalousées par les collègues régionaux. Un respect l’entoure comme une aura plasmatique indestructible.
Il réserve au restaurant ? On fait le vide autour de sa table pour qu’il soit tranquille. Il participe à un séminaire ? Il dit son fait, prend son manteau, s’en va, sans même envisager de répondre au téméraire qui ose poser une question. Seul Gaja peut contredire Gaja.
Un seigneur on vous dit. Audiard aurait dit : « une brute de guerre ». Mais tout le monde sait qu’Audiard était un grand sentimental.
Angelo Gaja est un acteur fondamental du vignoble italien, lui, le roturier qui a réussi à être aussi célèbre auprès des amateurs que les Frescobaldi ou les Antinori.

 Il fut certainement celui qui a apporté le plus de rigueur dans le process complet du vin piémontais, politique qui fut suivie ensuite par le Groupe de Rivetti et les « indépendants » comme Roberto Voerzio, Luciano Sandrone et quelques autres.
Orgueilleux comme pas deux, très vite ombrageux dès qu’on déblatère des platitudes sur ses vins, il fait très attention à ce qui se dit ou s’écrit. Depuis quelques années, il envoie des lettres explicitant ses vues sur les problèmes du moment. C’est plein de propositions qui ont le mérite de la clarté et doivent susciter des discussions, quand bien même elles apparaissent très « pro-domo ».
Quoiqu’on dise, ses grands crus sont majestueux, même si parfois ils suscitent moins d’émotions que d’autres, d’origine plus modeste. Il aura probablement plus de mal à percer en Bolgheri car il y a là des pointures qui ne l’ont pas attendu pour faire grand.
D’impétueux, notre Empereur de Barbaresco devient le Sage qui, de sa fenêtre, admire ses filles et fils  qui vont lui succéder avec brio (lui, en mieux). La nostalgie approche ? Que nenni !
Et si les administratifs ont mis un paquet de bâtons dans les roues de son projet hôtelier, en face de ses bureaux, il n’en tire pas trop d’amertume. Il devient philosophe, aime la vie plus que jamais, et ne permet plus à quiconque de l’empêcher de jouir du temps qui lui reste. On le lui souhaite tout long, tout long !
Un Maître.

L’Italie du vin peut dire merci à 3 grands noms qui ont porté à bout de bras les vins transalpins aux sommets qu’ils ont atteint dans le monde entier des amateurs.

Le Marquis Piero Antinori

Angelo Gaja

Luigi Veronelli

Trois hommes d’exception.

BONUS DU JOUR CATEGORIE PORTRAITS, MAIS SOUS FORME LAPIDAIRE :

Résultat d’un petit exercice publié le 14 décembre 2014

Totalement subjectifs, car en relation directe avec des entretiens, rendez-vous, rencontres, au cours des 30 dernières années.

Ordre dans le désordre de ce qui vient en mémoire.

10 mots maximum.

Jean Gautreau : Plus bordelais que lui, tu meurs

Didier Cuvelier : Subtile harmonie de rondeur bourguignonne et de sérieux médocain

Jean-Hubert Delon : Un sens aigu de la hiérarchie

Paul Pontallier : Le devoir vis à vis d’un Premier, avant tout

Bernard Magrez : Un inventif permanent

Jean-François Coche Dury : Exige un respect particulier

Alain Vauthier : Le dictionnaire du bordelais

Aubert de Villaine : Une rare complexité française

Famille Trimbach : Une belle compréhension du temps

Gérard et Chantal Perse : Un besoin des autres

Frédéric Mugnier : Aime la solitude

Helmut Dönnhoff : La terre avant tout

Jean-François Moueix : Un amoureux de l’ombre

Hervé Bizeul : Voir Jean-Hubert Delon

Jean-Pierre Perrin : Sait relativiser comme personne

Jacques Perrin : N’aime pas le simple

Prince Robert de Luxembourg : Un aristocrate républicain

Ernst Loosen : Fréquente aussi bien Lucifer que Gabriel

Anne-Claude Leflaive : Aura une seconde vie

Egon Müller : Préfère Epicure à Platon

Bill Harlan : Malgré l’Afrique, américain avant tout

Olivier Bernard : Une définition de l’amour de la vie

Florence Cathiard : Bouger est une nécessité absolue

Daniel Cathiard : Voir Jean-Pierre Perrin

Philippe Bourguignon : Le sommet de sa profession

Henry Marionnet : Un puriste du fruit

Jean-Michel Deiss : Seul contre tous

Lalou Bize-Leroy : Fera trembler Saint-Pierre

Bernard Noblet : Le plus beau linguiste du vin

Hubert de Boüard : Trop large pour le monde bordelais

Alexandre Thienpont : Il désole par sa perfection

Jean-Luc Thunevin : L’angoissé permanent du futur

Robert Parker : Américain avant tout

Antonio Galloni : Américain par nécessité

Michel Bettane : Sait comme personne attirer les orages

Angelo Gaja : Ne peut accepter d’être second à Rome

Roberto Voerzio : Aurait réussi sous les Borgia

Pablo Alvarez : A rarement besoin de parler pour s’exprimer

6 Comments

  1. D’abord, merci de vous être infligé cette lecture de petits mots indignes de l’almanach du Chasseur Français.
    Ces définitions sont le pur résultat de fulgurances dont on ne sait l’origine.
    Mais je garde celle là pour Roberto tant cet homme a un sens particulièrement aigu de la qualité – réelle – de ses vins lequels donc, par définition, sont destinés à une certaine aristocratie de la dégustation.
    Sûr qu’à Firenze, du temps des grandes heures, il eut pu entrer aux divers Palazzi par la grande porte et non celle du service.

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  2. Merci pour la réponse; j’imaginais quelque chose de plus croustillant ^^
    Quand au style particulier de ses vins j’espère le découvrir dans les quelques « langhe di San Francesco 2013 » reçus dernièrement.

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