Primeurs 2016 à Bordeaux – 3

Tout beau soleil pour ce mercredi 5 avril en rive droite bordelaise, le pays des saint-émilions, pomerols et fronsacs.

Etape 1 et en photo : le chemin discret menant chez Jean-Luc Thunevin qui contemple ainsi chaque matin le clocher altier de Saint-Emilion. Est-il plus chrétien pour autant ? Va savoir, Charles ! … 🙂

Comme chaque année, Jean-Luc est l’hôte qui reçoit des vignerons venant d’horizons aussi étranges que la Bourgogne, le Grand Sud et l’Espagne avec notre ami Peter Sissek en grande forme :

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Peter Sissek : son Pingus est aussi de renommé mondiale !

Si quelques crus retraçaient des sur-extractions inutiles ou des prises de bois datant des grandes heures, on doit reconnaître que pour l’année 2016, les taux d’alcool sont mieux tenus, le fruité est là et donc on a des finales qui offrent, chez les meilleurs, des fraîcheurs attendues.

L’amateur suivra alors pour tous ces vins présentés chez Jean-Luc Thunevin ce que diront les critiques dont ils suivent les conseils.

A titre perso, j’ai bien aimé le petit frère de Fleur Cardinale : Croix CardinaleIMG_4362.jpg

Ludovic Decoster qui travaille maintenant à plein temps sur la propriété familiale

J’ai bien dégusté également Lynsolence de Denis Barraud : un cru à suivre…

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Un cru qui avait toujours marqué les dégustateurs lors des sessions du GJE lors des dégustations du Cercle Rive Droite

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Ce qui est bien chez Jean-Luc, ce sont les gnama-gnama toujours sympas et là, le choix du vin – Haut-Carles 2011 – qui ne pouvait que générer un enthousiasme discret mais conséquent.

Pour les aficionados du Jambon, on notera que la coupe du dessus ne donne pas les mêmes goûts dans ses tranchettes que la coupe du dessous. Et si vous voulez être aussi intelligent que le cancérologue David Khayat, vous direz à vos hôtes que le cochon dormant généralement sur sa fesse droite, c’est le jambon de la gauche qu’il faut privilégier. Ou l’inverse : je n’avais pas écouté de près cette leçon de chose, ayant donné à ce moment au Carré des Feuillants d’Alain Dutournier un intérêt singulier à un cru 1978 de Mugneret. On saura me corriger si je me suis trompé de fesse.

Etape 2 : l’écurie Derenoncourt au Château La Gaffelière où Monsieur le Comte De Mallet Roquefort sera un centenaire hyper-actif, tant son cru lui donne ces forces rares permettant au bon chrétien qu’il est, ce supplément d’énergie que quelques autres propriétaires locaux développent itou. Certes, les paysans de Crète sont connus pour leur capacité à friser les 3 chiffres mais croyez bien qu’en saint-émilionnais, on a des pointures plus discrètes mais tout aussi efficaces pour faire la nique à Lucifer !

Tiens : voilà un sérieux candidat pour la chose !

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Le Jean-Marie Guffens, un pote de plusieurs décennies, tout content de ce vin, en blanc et en rouge qui sera disponible tantôt à un prix prolétaire alors même que qualitativement, on approche les premiers niveaux de l’aristocratie de la topette dominicale.

Et devinez la chose ! Il vient d’acquérir une petite propriété à Barsac – Château Closiot – où il fera du sec et du sauternes quand la nature le permettra sans s’amuser à tripatouiller ses raisins avec des artifices indignes de sa façon de travailler le vin.

Là encore, lire les commentaires que publieront les pros des primeurs car on m’a dit grand bien du Domaine de l’A (Christine Derenoncourt), mon fiston de ce merlot ukrainien (voir photo billet précédent) et donc ces cuvées blanc et rouge « Tinus » du Jean-Marie.

Arriver autour de midi à La Gaffelière, pour les cognoscenti, c’est un petit moment de casse-croûte qui mérite d’être signalé. On reste sur du simple de bonne qualité, mais on a aussi des vins généreusement offerts dont ce petit chef d’oeuvre niveau bijou :

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Quel beau vin ! Je ne sais si le sieur Pouthier était déjà aux commandes, mais voilà un cru dans ce millésime qui montre bien à quel point, à Bordeaux, on sait faire, même quand la nature n’est pas toujours présente dans ses plus beaux atours.

Etape 3 : autres Domaines visités

Second passage à La Conseillante, histoire de confirmer ou infirmer l’opinion précédente. Je confirme et plus que jamais, une totale réussite, fascinante, complexe, harmonieuse et avec un fruité à damner quelques voisins mondialement connus.

Passage à Figeac où on a clairement un style de vin sensiblement différent en ce sens qu’ici le terroir donne à ce primeur une pointe de graphite qui pourra en étonner plus d’un mais qui montre en fait qu’ici, on ne construit pas « techniquement » un cru : on essaie de garder ce lien historique entre ce terroir identifié – Monsieur Manoncourt, du temps des grandes heures dans les années 70, ne manquait jamais de nous l’expliquer  – et le vin qui deviendra, après une ou deux décennies, une référence majeure de saint-émilion au point que, pour le prochain classement – s’il a lieuFigeac pourra postuler au rang suprême. Le nez est envoûtant.

Passage à Cheval-Blanc avec en dégustation Quinault-L’Enclos, Petit-Cheval, Cheval-Blanc  et Yquem. Pierre Lurton, sémillant comme jamais et toute son équipe de gamins (Pierre-Olivier Clouet et Arnaud De La Forcade) ont le sourire juste : c’est du tout grand !

On ne m’en voudra pas si, comme ce fut le cas pour le millésime 2000, j’ai une cote d’amour insensé pour le Petit-Cheval qui est simplement superbe !

Yquem avec Sandrine Garbay reste définitivement orienté vers des plaisirs immédiats sans que cela ne remette en cause des capacités géantes de vieillissement.Sandrine.jpgPierre Lurton et Sandrine Garbay : un team royal pour Yquem

Au Vieux Château Certan, Thienpont Père et Fils font partie de ces vignerons bordelais qui ne seraient point bannis en terres bourguignonnes. De la terre sous les ongles. Des gens qu’on aime. Et ce n’est pas parce que on les aime qu’on surestime le cru. Mais dire qu’il n’est pas au sommet, ce serait mentir. Tout est là, immédiat, en puissance et finesse selon un secret … qui est celui de ce lien rare entre un Homme et un Terroir.

Bon : on arrête là pour cette campagne 2016 et on dira quand même plus tard quelques mots sur les points de vue des pros. Je vais essayer d’être gentil à défaut d’être honnête avec ces gens là.

C’est pas gagné ! 😦

News d’un petit groupe d’amis qui ont été ce jour à Petrus, Lafleur et Tertre Roteboeuf : que du bonheur avec au sommet Lafleur et un blanc qui devrait marquer.

On voit bien où on va : grosso modo, les 50 grands noms auront des belles notes partout, de Galloni à Bettane en passant par Neal Martin et Suckling et Perrin ou Gabriel.

Mais ce qui sera vraiment intéressant à suivre c’est le sens de l’adage connu à Bordeaux :

« Grands châteaux – petits millésimes; petits châteaux – grands millésimes. »

Une façon de nous dire qu’il y aura de belles opportunités soit des vins avec de bons à excellents RQP (Rapport-Qualité-Prix). On suivra ainsi des crus comme Haut-Marbuzet, Haut-Carles, Domaine de l’A, Fombrauge, Les Grands Chênes et Guiraud en sauternais. Et il y en aura beaucoup d’autres. Attendons les listes complètes de Bettane et Perrin pour avoir un point de vue européen plutôt qu’anglo-saxon.

LE RAPPORT VINIFERA DE JACQUES PERRIN

Vinifera 2016

 

5 Comments

  1. C’est bien beau tout ca, mais je veux savoir s’il s’agit de la fesse droite ou gauche car j’achete chaque nnee un jambon iberico Guijuelo qui me coute un bras… onc j’aimerais choisir le bon jambon!

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  2. On a ce jour (18 mai) le supplément du Point avec les notes habituelles de Messieurs Dupont et Bompas. Si on aime le système permettant aux amateurs de noter des adresses où les prix sont garantis jusqu’à épuisement des stocks prévus pour, on reste particulièrement sceptique sur la curieuse sous-évaluation des Fronsac, de certains Pomerol comme La Conseillante et du manque de cotation sur deux Domaines bordelais de référence : Pavie (et autres crus de la Famille Perse) et Pape-Clément en rive gauche.
    Probablement à la fois la marque de propriétaires ayant un caractère bien trempé et de dégustateurs ayant l’honnêteté de ne pas juger leurs vins avec le peu d’affection qu’ils ont pour ces Hommes à poigne.

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