Primeurs 2016 à Bordeaux – 2

Il faut se méfier des dégustations primeurs à Bordeaux et plus que jamais, le vrai professionnel – comme le dit toujours Michel Bettane – se doit de passer plusieurs fois ici ou là tant, en fonction des échantillons et des météos, l’opinion qu’on peut avoir sur un vin peut varier sensiblement.

Bref : règle de base : rester modeste et surtout ne jamais penser avoir un point de vue absolu.

Exemple 1 : rencontre de deux pointures, une teutonne et l’autre américaine. Le premier me dit que Lafite est nettement mieux que Mouton alors que l’autre me dit exactement l’inverse.

Exemple 2 : l’un me dit que Saint-Emilion sera supérieur à Pomerol, un autre me dit non et un troisième m’informe que, finalement, Fronsac sera supérieur aux deux autres de cette rive droite ! Va savoir, Charles !

LES VINS DU PRINCE ROBERT DE LUXEMBOURG

La photo du titre dit tout sur l’organisation hyper-pro que chacun peut constater à La Mission Haut-Brion. Même les verres identifient les crus qu’ils accueillent. Et, privilège que nous avons depuis des années : on dispose de suffisamment de temps pour « débriefer » les points de vue. Température parfaite. Belle quantité servie. Le brouillard vient de se lever et les papilles sont prêtes.

Premier point : que ce soit le Dragon de Quintus ou Quintus (ex L’Arrosée) : on est nettement à un niveau supérieur à celui des 2015. Belle matière, velouté présent, et – on le dira pour tous les crus Dilon – une harmonie immédiate entre tous les composants du vin : élégance, finesse, fruité, fraîcheur des finales, équilibre… malgré des degrés allant jusqu’à 15°.

Deuxième point : pour chaque dégustateur, légère supériorité de La Mission Haut-Brion dont l’attaque est un véritable bonheur qui se poursuit tout le long de ce grand vin. Une classe totale.

Troisième point : ce ne sera pas une année de « grands » blancs, tant nos souvenirs des années précédentes nous ont marqués sur l’éclatante supériorité bordelaise de ces blancs sauvignon-sémillon. Les vins manquent un peu de ce peps qu’on exige de la part de ces grands noms. Sont-ce des beautés cachées ? Ma foi, l’avenir nous le dira.

IMG_0216.JPG

Debriefing avec Monsieur Jean-Philippe Delmas

LES VINS DE BERNARD MAGREZ

Si un Domaine met bien les petits plats dans les grands et veut faire savoir à quel point il prend soin de ses vignobles, c’est Pape-Clément qui botte en touche. Entre les déjeuners prévus pour de nobles invités, les nouveaux outils de haute technologie, les fiches techniques à disposition des dégustateurs, un personnel nombreux et aux petits oignons, tout peut se dire en superlatifs.

Une dégustation consciencieuse de tous les crus présentés exige a minima une journée entière. C’est dire les crus de l’écurie Magrez ! Du Maroc au Japon, des cuvées spéciales aux châteaux classés, il y a de quoi écrire et parler !

Ce que je retiens à mon petit niveau d’amateur-buveur : un Grands Chênes qui sera certainement dans le gotha des meilleurs RQP et surtout un La Tour Carnet d’une finesse confondante. Un véritable bijou d’élégance. Quant à Pape-Clément, on peut noter une puissance contenue dans un écrin de grande classe. Mais, sopra tutto, un équilibre évident et immédiat. Du tout beau.

IMG_0222.jpg

Petite présentation des nouveaux outils qui vont permettre de mieux suivre l’évolution des vignes, surout pour les dates de traitement et de vendanges.

IMG_0241.jpg

Tous les formats possibles à votre disposition !

CHATEAU LASCOMBES, deuxième cru classé 1855, appellation « Margaux »

Avant un déjeuner illustré par Lascombes 2005on n’est pas loin d’un infanticide – et initié par un superbe Pol Roger « extra », une dégustation qu’on aimerait bien retrouver ailleurs : on commence par déguster chaque cépage – merlot, cabernet, petit-verdot (à 15 ° !!) – pour ensuite évaluer l’assemblage décidé par Dominique Befve et ses collaborateurs.

Si je vous dit qu’on eût aimé une mise à part de chaque cépage, c’est une autre façon de vous dire que ce fut simplement magnifique. Tout en finesse, tout en élégance, aucun manque nulle part et des finales fruitées totalement bienvenues. On aura un beau, un très beau Lascombes 2016.

CHATEAU TRONQUOY LALANDE ET MONTROSE

Nos lecteurs historiques ont en mémoire les commentaires dithyrambiques de nos passages « primeurs » en 2015 et 2016. Ne cachons pas que ce cru est devenu notre chouchou. Certes, nous n’avons pas encore dégusté Calon-Ségur qui fait chavirer des coeurs ou Cos d’Estournel, mais sur cette appellation Saint-Estèphe, non seulement Tronquoy-Lalande devient un très sérieux challenger, mais surtout on ne voit pas trop qui pourrait déloger Montrose de la première place. Des premiers voisins ? Même pas sûr !

Il est sacrément difficile de traduire en mots justes et simples les réelles émotions que vous offre ce vin. Tout se bouscule en tête car tout est en place. Une luxure totalement chrétienne : je veux dire par là qu’on a le droit de pécher tant on est certain d’obtenir une absolution immédiate. Un vin de passion. Une pureté inouïe, une fraîcheur bourguignonne, un sommet. Et, sopra tutto, une définition, une référence de ce qu’on attend d’un tout grand vin de rive gauche. Cette majesté discrète qui est la plus belle signature attendue à Bordeaux. Un vin d’understatement.

IMG_0252.jpg

Hervé Berland nous parlant de ses trois crus en AOC Saint-Estèphe

Certes, vous pourrez lire ici ou là quelques moues inutiles de quelques blasés chipoteurs comme pas deux. Oubliez les ! Gardez un zeste d’enthousiasme dépassant les analyses insipides de gens se croyant sérieux en manipulant des mots inutiles. Ce vin sera – je n’en doute pas une seconde – une des références du millésime avec Ausone. Vous dire que que j’ai point craché ce Montrose, c’est dire la vérité 🙂

CHATEAU LEOVILLE-POYFERRE

IMG_0258.jpg

Didier Cuvelier, co-propriétaire, dans ses bonnes oeuvres : Moulin Riche, Le Crock, et Léoville-Poyferré

S’il faut trouver un lien avec la multitude des grands vins de Bordeaux, on peut dire des 3 crus de cette propriété, – un peu d’ailleurs comme pour les vins du Domaine Clarence Dillon -, on écrira le mot « Tradition« . On veut dire par là que ce sont des vins qui n’apportent pas autant de surprises telles qu’on les a ressenties à Lascombes ou Montrose, ces deux classés représentant assez bien ce qu’on attend de leurs AOC respectives. Ce sont des vins superbement construits, classiques en diable où la patte du vigneron est conduite par une connaissance légendaire et quasi innée du Médoc du vin. Quand bien même Didier Cuvelier nous dira à quel point Dame Nature, en 2016, a délicatement octroyé quelques miracles qu’on attendait plus : notamment des rendements qu’on qualifiera de « généreux ».

J’ai beaucoup aimé Le Crock qui restait, dans ma tête, un vin assez austère et difficile à apprécier en primeurs.

En conclusion : non seulement on est très bien reçu partout alors que Bordeaux attend cette semaine plus de 1.700 visiteurs, mais comme il faisait beau, que la maréchaussée avait d’autres chats à fouetter, on avait tout pour être de bonne humeur.

Restez en ligne !

Toutes belles visites ce jour mercredi 5 avril en rive droite avec pas mal de dégustations intéressantes sous un soleil magnifique !

On mettra cela en ligne fissa 🙂

… avec un fiston qui me fait découvrir, écurie Derenoncourt, un merlot d’Ukraine d’une finesse exemplaire !!!

IMG_4377.jpg

Un vin ukrainien ! Stéphane Derenoncourt a de sacrées bougeottes 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s