Primeurs 2016 à Bordeaux – 1

Bon : voilà un billet qui connaîtra des mises à jour régulières en fonction des propriétés que nous visiterons avec ou sans notre petit groupe habituel.

Ce jour, ce fut La Conseillante et Ausone dont je parlerai plus loin. Deux géants du 2016. Streng verboten de ne pas s’enthousiasmer devant ces beautés magiques !

Mais auparavant, je tiens à vous communiquer un courriel reçu de Château Guiraud, un grand sauternes connus des amateurs, dirigé depuis des lustres par Xavier Planty (photo du billet), et cette année – c’est une révolution, et le terme est juste – il va nous donner le prix du vin AVANT LE PASSAGE DE LA CRITIQUE.

C’est énorme quelque part ! Car enfin, pour mettre un prix sur le cru, que se passait-il en bordelais ?

a : on recevait la presse internationale et on attendait avec anxiété les notes de deux ou trois critiques anglo-saxons, puisque le marché des grands crus à 3 chiffres n’est plus en France.

b : en fonction de ces notes, les propriétés pouvaient ± se positionner sur un prix de vente dépendant, plus qu’un chouilla, de ces notes obtenues. Suckling et autres se voyaient comme les rois du pétrole. Out ! Fini ! Juste des indicateurs relatifs.

c : et alors ces propriétés pouvaient négocier au mieux avec le Négoce lequel, lui, envisageait sa marge en fonction des notes de ces 3 ou 4 critiques majeurs car, on le sait, pour le négociant, la valeur d’un château est directement liée à la marge qu’il peut envisager, cette évaluation étant donc, dans le passé, directement liée à la note du critique ± mogul ± respecté.

d : avec la décision de fixer le prix avant le passage de la critique, on revient à une situation bien plus saine : on va vite voir si cette initiative sera suivie par d’autres. Pas sûr du tout ! A Bordeaux, tout prend du temps et on aime bien attendre pour voir…

Chacun a donc compris que la décision de Xavier Planty est un sacré coup de pied dans cette fourmilière relationnelle assez vieillotte entre critiques et châteaux. Comme quoi, la courbe de gauss s’applique aussi bien aux jours (matin, midi, soir) qu’aux réputations de faiseurs de rois dont le sommet incontestable fur Parker pendant plusieurs décennies. On l’a déjà écrit : avec les bouleversements technologiques des communications, les outils bien plus simples et faciles comme VIVINO, le manque de relève au niveau de ce que fut Parker, tout cela fait que les choses changent !

Vous dire que je suis enthousiaste devant cette initiative, c’est sous-estimer ce que je pense réellement ! Bravo Xavier !

Faut être sacrément couillu pour initier un tel changement. Une date !

Voici la copie du mail reçu :

COMMUNIQUE DE PRESSE | 24.03.2017

Les mots de Xavier Planty :

« Le dialogue de Château Guiraud avec la nature noue une relation sincère avec les hommes »

Depuis 35 ans que je reconstruis Château Guiraud, dont 10 ans avec des associés de qualité, la recherche de la plus haute expression de ce lieu, l’accomplissement de la promesse de la marque et l’exigence d’un Premier Grand Cru Classé en 1855 à Sauternes ont toujours été ma voie. Cette promesse tient en quelques mots, qui pour moi, sont indissociables de Château Guiraud.

J’ai toujours pensé que la viticulture devait être liée à la nature dans le but d’accompagner la vigne afin de retrouver l’harmonie dans le verre. Actuellement, la propriété se dévoile comme un conservatoire d’une très grande biodiversité privilégiant, par la nature, l’expression et l’équilibre du terroir

Château Guiraud est animé d’une liberté de pensée dans le but d’une recherche écologique globale. Nous pensons qu’il y a toujours une autre alternative à ce que l’on sait. La sélection massale, la plantation de haies, l’agriculture biologique, etc. sont autant d’actes qui démontrent que Château Guiraud est pionnier dans bien des domaines.

L’essence même du Grand Vin est de procurer une émotion intense liée à sa tension et aux sensations qu’il provoque ; la précision du ramassage, la recherche de l’expression la plus pure du botrytis en sont à l’origine.

Château Guiraud reflète l’authenticité, en cohérence avec l’éthique de sa marque, pour respecter son consommateur. La relation entre les hommes qui produisent le vin et ceux qui le consomment doit être sincère ; dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Toute l’histoire de Château Guiraud est fondée sur l’amitié, c’est ce qui fait sa force.

Je suis très reconnaissant à tous ces professionnels qui viennent, des quatre coins du Monde, déguster nos vins ; je souhaite que nos relations et nos rencontres soit spontanées, bienveillantes et qu’ils soient accueillis à la hauteur de la qualité de nos vins.

Pour cela, notre prix sera connu avant les dégustations primeurs 2016, celles-ci prendront alors tous leurs sens.

Je conclurai en partageant avec vous une phrase du très grand cuisinier et esthète Raymond Oliver :

« …ma joie est à son comble quand je trouve une bouteille de Château Guiraud, je retrouve l’allée des platanes, la vigne vierge sur le pigeonnier, le bruit de la chaine dans le puits et mon cafard fond en nostalgie et ma nostalgie en tendresse.. » Raymond Oliver, Cuisine pour mes amis, Albin Michel, Paris, 1976

Toute l’équipe de Château Guiraud, 1er Grand Cru Classé en 1855, vous souhaite une excellente semaine de dégustation.

Merci, Xavier Planty.

Ps : Château Guiraud, 1er Grand Cru Classé en 1855 à Sauternes, a fait le choix exigeant de la viticulture biologique. Château Guiraud, qui premier des 1ers Grand Cru Classé en 1855, a acquis une très grande légitimité sur le marché luxueux des très Grands Vins certifiés en Agriculture Biologique, depuis sa certification en 2011.

Les quatre actionnaires de Château Guiraud sont : Robert Peugeot, Olivier Bernard, Stephan von Neipperg et Xavier Planty (gérant) et seront heureux de vous recevoir le dimanche 2 avril au Château Guiraud à partir de 18h pour la dégustation des primeurs 2016 de l’ensemble de leurs vins.

LA CONSEILLANTE 2016

Moment privilégié ce matin avec Dame Marielle Cazaux, directrice de La Conseillante, un superbe Pomerol qui fait partie de ma trilogie de coeur avec Vieux Château Certan et Trotanoy.

Commen dire ? Finalement, c’est simple : un vin enthousiasmant, un vin « solution », où absolument rien ne titille la notion même de reproche ou de défaut. On n’a pas le droit de dire parfait, certes, mais là, on est à un sommet : tout est en place, il ne manque rien au puzzle où l’élégance, la race, la jouissance noble, la finale se doivent d’être présents en majuscule. C’est. Un fruité à faire sourciller Eric Rousseau; une fraîcheur à faire abonder Jean-François Coche-Dury; une longueur à faire murmurer Pierre Lurton.

AUSONE 2016

Là encore, un sacré privilège d’avoir pu déguster Ausone 2016. Je vous résumerai facilement la chose en vous disant que, comme lors des dégustations à la Romanée-Conti, impossible de cracher. Tout bêtement, une réussite majeure, d’une telle évidence que cela vous laisse pantois. Tout est déjà en place, et, différence avec La Conseillante où le merlot domine à 80%, ici le cabernet-franc apporte ce supplément de rigueur, de complexité, de retenue avec une petite pointe d’épices à damner un propriétaire de premier en rive gauche. Dieu que c’est bon !

A table, ce fut le 2007 (et Y 2013 sur des blanches qualité « Hoerdt »). Personne n’a crié au chef d’oeuvre sur les 2007, mais avec Ausone dans ce millésime, la preuve éclatante que sur un grand terroir, il n’y a plus de petite année. Quelle belle leçon de chose !

Bis repetita : que mes nouveaux lecteurs n’oublient jamais deux choses principales quand je parle des primeurs :

a : je n’ai strictement aucune capacité professionnelle d’évaluer le potentiel, le devenir d’un vin. Je ne communique que des impressions d’amateur.

b : j’ai un enthousiasme pour les belles choses, (comme, par exemple, Richter dans les Passions, ou Le Caravage « La chute de Saul » à l’église Santa Maria del Popolo à Rome), qui frise l’infantilisme patent : mais dieu que c’est bon de retourner en adolescence quand on fréquente les septante !

Lundi 3 avril programme maousse costaud :

  • Haut-Brion et La Mission Haut-Brion, blancs et rouges
  • Les crus de Monsieur Bernard Magrez, dont Pape-Clément
  • Lascombes à Margaux qui nous accueille à déjeuner
  • Montrose qui fera l’objet d’un séminaire à Villa d’Este
  • Léoville-Poyferré

Promis-juré : on se tiendra bien partout; on ne dira pas de gros mots, et surtout on vous dira ce que pensent les pointures qui m’accompagnent dans ces périples. Mauss à la niche ! Chauffeur : c’est déjà un grade 🙂

vins.jpg

6 commentaires

  1. Sur les sites américains, on me signale que ce mouvement a été lancé par Latour, ce premier cru 1855 qui façonne sa politique de prix en fonction des marchés et non des notes. C’est juste. Mais c’est un cas d’exception quelque part, car voilà bien un vin qui sort de la catégorie « premium » pour accéder à la catégorie « luxe », là où, on le sait, une proportion sensible du prix est dédié au prestige de l’étiquette outil nécessaire pour la satisfaction d’egos impatients.

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  2. Sur les primeurs 2016
    A lire les critiques américains qui ont déjà bien dégusté ces primeurs 2016, l’affaire est pliée : on a un tout grand millésime et donc une trilogie qui sera une référence : 2014-2015-2016.
    Chacun s’accorde à dire que pour les 2016, on a un peu moins d’alcools, des tanins fins mais bien marqués, et surtout une acidité en finale (= fraîcheur) qui est dans l’air du temps avec cette recherche plus nette des fruités. Et ces fruités sont là !
    Reste à savoir où penchera la balance entre Propriétés et Maisons de Négoce. Et surtout voir dans quelle mesure les 200 châteaux essentiels ne vont mettre sur le marché que les quantités requises pour satisfaire les besoins de trésorerie, en gardant ainsi des stocks qui devraient se valoriser avec les années.
    On verra bien qui va construire des chais supplémentaires 🙂

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