Un déjeuner au Laurent

Il est des hasards lesquels, finalement, n’en sont point et permettent des échanges inattendus.

Ce jour donc, une invitation au Laurent (y courir séance tenante pour déguster les petits pois d’Alain Pégouret) d’Olivier et Violaine Duha de passage à Paris, histoire de parler un peu du programme de cette année à Villa d’Este et l’occasion de taster un Haut-Brion 1986 qui nous attendait depuis quelques mois. Provenance directe du Château (et là encore, on constate à quel point les vins conservés à la propriété sont plus que souvent, sinon toujours, d’une qualité optimale difficile à trouver ailleurs). Le côté casanier des bouteilles aimant grandir sur place ? Va savoir Charles !

Et le hasard faisant bien les choses, à la table voisine on avait le visage familier de Guillaume Pouthier (jolie barbe généreuse) et du propriétaire des Carmes Haut-Brion avec son cru 2012, le premier millésime de Guillaume sur cette propriété qui est un véritable bijou avec son château romantique à souhait.

Ceux qui me connaissent savent à quel point je suis réservé dans de telles situations … 🙂

… et donc il n’a pas fallu longtemps pour faire passer de notre table un verre du Haut-Brion 86 à la table voisine… laquelle nous retourna la politesse avec le Carmes Haut-Brion sans nous dire le millésime.

Avec Olivier, nous partîmes sur 2010 (en fait : un 2012). Lui, marqué par la forte structure du vin, moi par la finesse de sa finale, et tous les 3, avec Violaine, sur l’incontestable filiation de la palette aromatique des deux vins. Très nettement, ce côté terre noble, ce fumé qui me passionne tant et ce côté truffe délicate en devenir dans le Carmes Haut-Brion et généreusement là dans le Haut-Brion 86. Si le 2012 est ainsi capable d’offrir un tel niveau qualitatif alors même qu’il s’agit d’un millésime qui n’a pas obligé Jean-Luc Thunevin à aligner les beaux adjectifs qu’il applique avec gourmandise sur ses derniers babies, on comprend alors pourquoi Les Carmes Haut-Brion fait maintenant partie des noms à privilégier dans la hiérarchie des dégustations primeurs. Tant il est vrai qu’on ne peut courir partout sauf à s’appeler Bernard Burtschy-Abi Duhr.

Bien : mais oublier de dire deux mots sur la cuvée Frédéric Emile 2008 de Trimbach, ce serait péché. Si le Franzele me répète qu’en ce moment ce millésime a des comportements de Diva, avec des jours plein et des jours sans, aujourd’hui, ce fut un jour olympien ! La fraîcheur du vin en finale associée à une acidité voluptueuse (oxymore ?) est simplement phénoménale : on comprend alors pourquoi Bettane lui a mis un 20/20. Une jouissance papale : c’est peu dire !

Michel Bettane ne va pourtant pas être content car, sans en avoir parlé d’abord, Olivier Duha a quelques appréhensions sur les évolutions actuelles des vins de Bordeaux, en ce sens que ces délicatesses monstrueuses (là oui : oxymore) des « vieux » millésimes, on a des doutes sur leurs potentielles existences dans les années du XXIème siècle. Certes, certes, il va falloir attendre quelques décennies mais vraiment : on va retrouver les émotions que nous donnent actuellement un Palmer 61, un Pape-Clément 85 ou 86, un Margaux 83, un Trotanoy 70 , un Petrus 61 ?

Je fais partie, comme mon convive, des amateurs qui ont des doutes, du style : « tonton, pourquoi tu tousses ? ».

C’est peut-être le moment de fouiller les caves du Grand Père ou de quelques chanoines émilionnais ou pauillacais (?) pour dénicher comme à BAMA, quelques augustes flacons qui n’attendent que nos lèvres gourmandes.

… du temps des grandes heures… 🙂

Une nouvelle du jour qu’un mien ami a glané sur le site du Point : notre ami Antoine Petrus qui est l’âme du Clarence, ce nouveau restaurant de grand luxe sis à Paris, et dont le chef vient d’obtenir son second macaron, va quitter en juin cette maison pour se dédier à sa véritable passion : parcourir les vignobles européens et donc alimenter sa passion pour ce monde fascinant.

On ne dira jamais assez à quel point il est nécessaire de garder un contact physique, sur place, pour bien comprendre les vignerons. Nous sommes particulièrement bien placé pour le savoir 🙂

9 Comments

  1. Sans aller jusqu’à Petrus ou Trotanoy, la comparaison entre nombre de bouteilles des années 60/70 et 90 laisse assez peu de doutes quand même. Gloria 70/75, Carbonnieux 70, Giscours 70/75/79, de Pez 66/70, Petit Village 62/64, et des 10aines d’autres de tout pedigree, sont des expériences encore aujourd’hui totalement charmantes …. pas du tout la même musique sur ces mêmes étiquettes avec ‘seulement’ 25 ans d’âge.

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  2. Merci Matthieu d’autant plus que ce point de vue s’appuie sur de longues conversations passionnantes avec ces crus des années septante… du temps des grandes heures !
    🙂

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  3. Pourquoi douter, François ? Les vins sont de mieux en mieux élaborés et on ne voit pas ce qui les empêcherait de procurer des émotions XXL dans quelques décennies (mais nous n’y serons pas pour en témoigner). On peut toujours objecter que les vins sont faits aujourd’hui pour être bu plus tôt. Mais est-ce que ça les empêche d’être bus plus tard ? Pas sûr.
    Je suis assez d’accord, au fond, avec Matthieu, avec une réserve toutefois sur l’effet bouteille qui peut faire passer telle étiquette dans tel millésime ancien du haut de l’affiche à la plus amère des déceptions sans aucune certitude d’une bouteille à l’autre. Un côté montagnes russes pas toujours très plaisant.

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  4. Le nouveau directeur – pas facile de prendre la succession de Philippe Bourguignon – Christian Sochon a parfaitement intégré ce que souhaite sa clientèle, une des plus fidèles sur Paris.
    Et que oui : Alain Pégouret est vraiment un Maître ! Honte au Michelin comme pour Dutournier, par ailleurs !

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  5. SUR LES EVOLUTIONS DES BORDEAUX : réponse à Nicolas
    J’en conviens tout bon : jamais Bordeaux n’a proposé autant de bons à excellents vins et toujours avec cette catégorie trop cachée de RQP de référence.
    Il n’empêche : quand on a devant soi de vieilles bouteilles des années 60 et 70, – et naturellement quand elles ont bénéficié de caves idéales – on ressent des émotions singulières, des saveurs assez dingues qu’on a un mal fou à trouver dans ces mêmes crus datés des années 90 et plus.
    Bon : nos enfants calmeront probablement ce préjugé et c’est tant mieux !

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  6. Au concours Viniteca de dimanche dernier, nous avons eu ce superbe Riesling 2008.
    Nous avons proposé Clos Ste-Hune 2008.

    D’autres très beaux flacons avec Salon 2002 et un rioja blanc d’anthologie avec Marques de Murrieta Castello Ygay 1986 (100/100 Parker), que j’ai pris pour le non moins anthologique Lopez de Heredia Tondonia Gran Reserva 1991.

    Pas suffisant pour gagner un concours hors norme, remporté cette année par Luis Gutierrez (Parker : Espagne, Chili, Argentine).
    http://globalstylus.com/luis-gutierrez-e-ignacio-villalgordo-vuelven-a-ganar-el-premio-vila-viniteca-de-cata-por-parejas/

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