Réflexions sur l’évolution des vins

HORS SUJET :

Faites vous plaisir 🙂

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Pour continuer un chouilla quelques unes des réflexions du billet précédent, il peut être intéressant de relire un billet écrit en 2008 où on évoquait les changements sensibles qu’a connu le monde bordelais depuis 1982.

Certains points de ce vieux billet méritent probablement bien des nuances eu égard à ce que l’on constate maintenant. En particulier : le monde bordelais qui dispose de puissantes organisations de communication et qui est capable de proposer des RQP de premier ordre, ce monde là est en train de réussir une mutation que devrait confirmer les dégustations primeurs de fin mars – début avril.

Un billet écrit le 29 mars 2008 (in extenso) :

De retour de la dégustation de tous les vins conseillés par Stéphane Derenoncourt au George V à Paris (sublime lard fermier aux légumes sarladais du chef Philippe Legendre et service exceptionnel de l’équipe d’Eric Beaumard)), grosse discussion matinale avec Laurent Vialette, Membre bordelais du GJE.
Au départ, une réflexion qui devrait susciter de belles discussions :
« Depuis 1982, l’évolution du vignoble bordelais a été marquée par l’influence incontestable de deux fortes personnalités : Emile Peynaud et Robert Parker. Le second semble la continuation naturelle du premier dont on peut réduire l’idée majeure sous cette forme simplifiée : « récoltez plus mûr, sachez attendre ».
En bons élèves, et ayant vite compris ce qui faisait les belles notes du critique américain, les producteurs les plus astucieux ont mis en place une politique de qualité dont les résultats ont été immédiats, avec les succès commerciaux qui ont suivi.
On peut donc dire que l’évolution bordelaise est bien liée au style des vins préférés par leur marché le plus important, les Etats-Unis.  
Affirmation difficilement contestable.
Pendant ce temps, d’autres régions, totalement imperméables à ce type d’influence, même si des tentatives ici et là de singer ce style faisaient long feu, évoluaient cahin-caha en fonction de multiples facteurs, en majorité locaux. On pense immédiatement à la Bourgogne, à l’Alsace, à la Loire.
Or, en ce début du XXIème siècle, que constate-t’on ?
On constate dans le bordelais que, s’il y a toujours des différences notables de style de vin, d’expressions de terroirs, elles semblent moins marquées qu’elles l’étaient dans les années 60 et 70. Quand on demande au GJE lors de nos dégustations à l’aveugle de positionner géographiquement un cru, cela est proche de l’impossible.
D’où notre première question : il y aurait-il un lien entre cette recherche, parfois poussée à l’extrême, de la maturité totale absolue et une homogénéisation des styles, au point qu’il est plus difficile, depuis les décennies 80 et 90, de reconnaître les grands terroirs bordelais comme margaux, pauillac, saint-julien, saint- émilion, pessac-léognan, etc ?
Explicité autrement : en partant du principe que chaque « élément »  peut se positionner sur une courbe de gauss : à partir de quel niveau de (sur) maturité, la « détection » d’un terroir devient difficile ou même impossible ? Une maturité poussée, un travail technique important en cave, une charge sensible de bois neuf, tout cela n’est-il pas une sorte de rideau qui cache les expressions des terroirs ?
Je vais proposer au GJE une dégustation de dix grands vins de la période 70 et les mêmes vins dans un millésime de la décennie 90, avec demande de localisation de l’AOC : ce sera au moins un début possible de réponse si oui ou non, il y a un lien entre une nature poussée à ses extrêmes depuis le mythique millésime 1982, et un système de culture, celui des années 60 et 70, qui avait des équilibres différents.
Je reste frappé par les expressions complexes qu’on trouve dans les grandes réussites des années 60 et 70 (Haut-Brion 64, Trotanoy 70 ou 71) et l’évolution de ces mêmes vins dans les dernières décennies.  
Est-ce une simple erreur de jugement, quelques cas minoritaires sans droit de généralisation, ou bien se pose t-on la même question ailleurs ?
Nul amateur éclectique ne peut contester que les plus grands vins rouges du monde se font en Bourgogne, quand bien même, hélas, les grands producteurs ne  sont encore qu’une fragile minorité. Or, la Bourgogne n’a pas subi des influences exogènes au point de changer radicalement de style comme le bordelais. Et la palette des vins a gardé une diversité époustouflante, en sus de l’émotion réelle que ses plus grands noms sont capables de générer auprès de ceux qui prennent le temps de bien les apprendre.
Voilà quelques réflexions suite à la session des Grands Crus qui a eu lieu à la Villa d’Este, et à l’aube des dégustations primeurs des 2005 à Bordeaux, un millésime qui a déjà la réputation d’offrir la plus belle combinaison entre richesse, maturité, et acidité naturelle.
Et, certes dans un esprit un peu provocateur, ne peut-on dire que depuis les années 80, Bordeaux a donné priorité aux marchés, alors que la Bourgogne – qui a bien moins de mal à vendre ses bons vins – est resté un pays de vignerons plus à l’écoute de leurs terres, comme les Piémontais par rapport aux Toscans ?

En photo du billet : Château La Tour Carnet, cru classé 1855, un des meilleurs RQP dans ce classement.

PS: Chose suffisamment rare, le journal SUD-OUEST annonce, page 14 du 21 mars, le possible rachat par Lynch-Bages (Famille Cazes) du Château Haut-Batailley un autre cru classé 1855.

Ce qui est intéressant à noter, c’est le fait que cet achat serait dicté par la nécessité d’apporter plus de vignes aux Cazes afin de mieux amortir les lourds investissements que vient de réaliser Lynch-Bages.

Hors Sujet 1 : si vous aimez la musique classique et si vous êtes alsacien libre de votre temps samedi prochain :

Dans le cadre du Festival des Etoiles de la SCAM, « Une Leçon de Musique » sera projeté au cinéma L’Odyssée à Strasbourg samedi 25 Mars à 10h15.

La Réalisatrice qui a réalisé ce film et le présentera à Strasbourg, Marie Gorbanesvky, a eu quartier libre pour filmer des moments à l’Ecole de Musique de Saint-Petersbourg (Conservatoire Rimsky-Korsakov). Elle a eu un regard totalement singulier qui rappelle le « Cousin Jules » de Dominique Benicheti (DVD disponible sur Amazon), un film que je recommande vivement à tous ceux qui veulent savoir comment on vivait à la campagne juste après guerre.

On peut visualiser le teasing de ce film sur Vimeo : https://vimeo.com/162675747

Pour qui a été ou non à Saint-Petersbourg en hiver et qui aime l’âme russe, ce film de Marie Gorbanevsky est un must. Il n’est pas en vente dans les circuits habituels, mais vous pouvez contacter l’éditrice : Madame Anne Imbert, Fas Production : http://www.fastprod.fr/

Hors sujet 2 : un beau petit film sur les terroirs bourguignons :

https://www.allaboutburgundy.fr/2017/03/03/la-route-des-grands-crus-dans-une-appli/

4 Comments

  1. Je n’ai jamais cru un instant pour les vins de grand terroir (oui il y en a à Bordeaux!!!) à la théorie du changement de style pour plaire’ à Parker. Le sens de l’honneur et la conscience du style font partie des gênes de ceux qui travaillent tous les jours dans ces propriétés, cultivent et font le vin, oui , exactement comme ailleurs! Pour les marques qui veulent se monter du col c’est autre chose : le marché veut du bois , on lui en donne, il veut du « nature » on lui en donne, il veut du fruit on lui en donne, etc….., et surtout si l’on veut une forte note de qui vous savez, et qui ne goûte pratiquement plus les inconnus, et bien on imagine ce qu’il aime et on essaie …. sauf que Bob il aime Haut Brion, Léoville las Cases, Latour, bref aussi le classicisme bordelais. En revanche quand le raisin passe de 9°, 5 à 13°,5, si l’on veut vendanger correctement, parce que le soleil le veut, on ne s’étonnera si le style change…..

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  2. Bon : voilà un beau plaidoyer « pro domo » qu’on peut sans doute modérer en disant que personne ne cherchait à déplaire au Grand Bob.
    Et qu’il nous soit permis d’ajouter que le sens de l’honneur s’arrête à certaines lignes des bilans.
    Parker ou pas Parker, la question qui m’importe est de savoir si oui ou non – et pour quelles raisons : climatique ? – la « charge » alcoolique peut éventuellement réduire les différences entre appellations et ne point offrir pour le futur ces délicatesses exquises qu’on trouve – pour le re-citer – dans Haut-Brion 1961 ou autres millésimes d’avant 82 ?
    Enfin, un petit point pour nos lecteurs bizuths au sujet de mon opinion sur Parker.
    S’il est vrai qu’on est nullement obligé de partager ses vues à 100 % et que lui-même accepte d’autres visions comme celles du GJE qu’il a toujours soutenu, notamment dans le cas Pavie 2000, qu’il me soit donc permis de rappeler que lors du procès Parker/Agostini, je fus le seul à prendre clairement sa défense au point que je fus cité en justice avec lui par Madame Agostini. Où étaient les autres qui ont tant bénéficié de ses revues et notes aux USA et ailleurs ?
    Et je continue ma participation sur son site Squires.
    On aura donc compris qu’on peut ici critiquer sans que cela aboutisse soit à une sanctification soit à une damnation éternelle.

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  3. Je partage les mêmes impressions sur les bordeaux rouges actuels, et ce à tous les étages de qualité. Qu’ il est difficile de trouver un vin sur le fruit en entrée et milieu de gamme. Tout le monde semble vouloir imiter les classés. Parmi ces derniers, il devient plus difficile de distinguer un rive gauche d’un rive droite que d’identifier le bon vigneron parmi plusieurs bourgognes du même climat. Et pourtant, Dieu sait que c’est fascinant de tomber sur Pontet-Canet, Fonroque, Bel-Air-Marquis d’Allègre ou Clos-Saint-Martin. Ces châteaux offrent vraiment un style original, loin des standards au fruité trop noir et trop masqué par le bois. Puissent ces crus faire école et rendre à Bordeaux toute sa diversité.

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  4. Vous résumez mieux que bien le problème tel que je le vois également.
    Si on ne peut demander à tous de suivre l’exemple – effectivement atypique – de BAMA, on a quand même bien des crus qui sont sensibles à cette situation.
    Ainsi lors d’un sympathique déjeuner à Lafon-Rochet, le jeune Tesseron m’a bien expliqué ses souhaits et recherches à cet égard. Et en rive droite, effectivement, Clos St-Martin est un petit bijou.

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