Millésimes du siècle et autres actualités

Sur son blog « pro-domo », l’ami Jean-Luc Thunevin, toujours d’une grande lucidité lorsqu’il parle de Bordeaux, évoque la ritournelle qui devient presque lassante sur les compléments d’attribut liés au millésime 2016 qui va être l’objet d’articles dithyrambiques – on n’en doute pas une seconde – dans la presse du vin comme dans la presse généraliste.

On lira son billet ici : http://www.thunevinblog.com/2017/03/no-limit.html

Notre commentaire sur son point de vue :

Disons franchement que l’utilisation du mot « siècle » alors même qu’on le commence, c’est quasi une insulte pour les années à venir. On est clairement dans l’hyperbole et, effet négatif de ce type de mention, bien des amateurs vont mettre le signe = entre 2016 et Prix (qui serait justifié par cette mention « siècle »).
De la part de Bordeaux, ce serait nettement mieux de préciser les caractéristiques fondamentales du vin : sa capacité à plaire dans les jeunes années, avec un coefficient de 1 à 5; sa capacité à tenir deux ou trois décennies, là aussi avec un coefficient 1 à 5; son harmonie entre fruité, finesse, fraîcheur et équilibre ; etc…
D’une part, ce serait déjà bien plus intéressant que de nous bassiner du siècle en veux-tu, en-voilà; et surtout cela donnerait des indications plus valables pour justifier des achats à encaver.
Et comme ailleurs aussi on a du tout grand, style Bourgogne ou Rhône, va falloir qu’on joue tous au loto !

Argumentons plus avant :

Il est plus qu’évident que Bordeaux a réussi un 2016 de tout premier ordre, probablement capable, pour plus d’un cru, d’être qualitativement plus attractif que le déjà fameux 2015.

Le temps nous dira lequel de ces deux millésimes tiendra plusieurs décennies avec des évolutions nous remettant en mémoire des 61, des 83 (Margaux géant) , un 86 (comme Pape-Clément), des 2001 ou des 2005.

Les commentaires qu’on entend ici et là sont manifestement dits avec un sourire qu’on ne cache plus. Et, avantage supplémentaire : il y a du volume.

Ce qui sera intéressant à analyser lors des réunions « primeur » sera la position du balancier entre « puissance bodybuildée » et « complexité d’une finesse élégante et savoureuse« . On sait que dans le premier cas, il n’est pas évident que la bouteille soit vide en fin de repas et dans le second qu’il faille discuter ferme pour rappeler le rôle essentiel d’un vin : être un compagnon de qualité pour une belle convivialité entre amis, sur des mets respectables.

Gageons ainsi que Figeac, La Conseillante, Vieux Château Certan, Ausone, Léoville-Poyferré, Montrose, Haut-Marbuzet, Les Carmes Haut-Brion seront du bon côté. Et ils ne seront pas seuls car Bordeaux a bien négocié ce virage tant attendu vers de nouveaux équilibres où le vin n’est pas qu’un bien destiné à des concours de musculation avancée avec une vanille trop flatteuse, mais où on se souvient qu’il est destiné à de belles tablées où les topettes sont séchées avec allégresse… sans de sempiternelles génuflexions devant des étiquettes intimidantes.

Pour les blancs, là, je n’ai pas encore d’informations spécifiques… mais ça ne saurait tarder.

POLITIQUE

Comment ne pas être atterré devant ce véritable désastre qui va nous mener on ne sait où. Des politiques incapables de gérer leur communication et d’avouer clairement leurs fautes, incapables de comprendre la force d’un ras le bol général et sans oublier des médias naviguant à l’aise dans les caniveaux de la médiocrité en espérant des rentrées financières via des ventes stimulées par des titres aguicheurs ?

On donne là un sacré grain à moudre aux thèses du livre « Décadence » de Michel Onfray (lire son attaque cinglante du jacobinisme dans le dernier n° de l’Express).

Bon : pour paraphraser Michel Audiard, dans les Tontons Flingueurs, quand Blier n’en peut plus de prendre des coups …

« Mais y connaît pas Raoul ce mec. Y va avoir un réveil pénible. J’ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter qu’le sang coule mais maint’nant c’est fini ! Je vais l’travailler en férocité ! l’faire marcher à coup d’latte, à ma pogne je veux l’voir ! et j’vous promets qui demandera pardon ! et au garde-à-vous ! » –

… je passe le relais pour des commentaires sérieux au site Atlantico :

On lira un billet des Arvernes : http://www.atlantico.fr/decryptage/quelques-reflexions-accusations-dont-fait-objet-francois-fillon-arvenes-2991764.html

Voilà une présentation qui mériterait d’être citée sur toutes les chaînes TV et journaux du soir au lieu de se pourlécher les babines (et avec quelle hypocrisie !) sur le secondaire quand le primaire requiert d’urgence des analyses sur les projets des candidats.

Mais bon : ce n’est là qu’un point de vue…

8 Comments

  1. Millésime 2016 à Bordeaux : une seule question : qui parlera des rendements et maturités ? On prend les paris ?

    Enjoy !

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  2. « des médias naviguant à l’aise dans les caniveaux de la médiocrité »! Joli!!!

    Et n oubliez pas 2016 dans le Piemont, ca va etre grandiose!

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  3. Nicolas semble penser qu’il y a des raisons de cacher les rendements et maturités ? pourquoi ,il suffit de regarder les déclarations de récoltes et analyses exports sous contrôle des organismes de l’état français,et sinon chez moi , une deuxième année avec limite 50 hecto/hectares ,et maturités sans doute pour beaucoup trop riches,vive 2016 et 2015 !

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  4. En fait, en Europe, je crois que cela va devenir de plus en plus difficile de trouver des millésimes médiocres tant la qualité des soins portés aux vignes et aux vinifications-élevages sont devenus de puissants facteurs pour contrer le médiocre.
    Bref : on s’éloigne là des adjectifs qu’on va garder pour la politique ! 🙂

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  5. Bonjour Jean-Luc !
    D’abord, je ne vois pas en quoi, en année exceptionnelle comme il y en a de temps en temps, et pour ceux qui ne font pas de vendanges vertes, d’arriver, naturellement à plus de 100HL/HA. Si c’est éventuellement péché contre la loi, ce n’est pas trop péché contre la nature. Et chacun sait ainsi que 1982 a été un peu ce type de millésime où il fallait faire exprès pour faire mauvais… avec des rendements maousse-costauds.
    Pour les maturités, là, je ne connais pas suffisamment la question et donc évitons de dire des bêtises.
    Mais un beau coucou à toi, Jean-Luc, de venir modérer nos propos quasi excessifs… selon tes vues ?
    On t’aime hein ! N’oublie pas 🙂

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  6. pourquoi toujours ces matchs entre beaux millésimes? Embarras de plaisir ne nuit point et on va longtemps comparer ces deux expressions magnifiques consécutives, comme Bordeaux en a le secret. Et à propos de Pape Clément je ne suis pas sûr que 1986 l’emporte complètement sur 1985, le premier chef d’oeuvre après la rénovation du cuvier, qui se dégustait sublimement il y a peu chez Alléno. En fait c’est le bouchon qui décide trente ans après plus que le soleil. Mais vive le 1986 du Pape quand il est parfait, quand même!

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  7. On est bien d’accord sur cette analyse Michel et mon billet réclamant plutôt que des attributs type « siècle » des mentions ayant un sens plus compréhensif pour les amateurs, telles que le style, les tanins, l’harmonie, le fruité, la capacité à vieillir etc…
    Ce ne serait pas trop compliqué pour les journalistes de mettre comme cela, avec ou sans échelle de 1 à 5, les caractéristiques fondamentales des vins.
    Pour Pape-Clément, il ne me reste plus qu’à en trouver une bouteille et comme ton point de vue semble diantrement excitant, on organisera un repas avec les deux 🙂
    La question du jour : est-ce que les vinifications et soins aux vignes actuels vont nous donner dans le futur de telles identités gustatives dans ces grands crus ?
    Va savoir, Charles… 🙂

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