Riesling et tenue dans le temps

Quelques jours en Allemagne avec comme visites, Scharzhof d’Egon Müller, Van Volxem de Roman Niewodniczanski, Kai Schätzel à Nierstein, Helmut Dönnhoff (photo ci-dessus) à Oberhausen an der Nahe. Le repos du WE se fait à Colmar sous un soleil à faire pâlir niçois et marseillais. Et qui dit Colmar, dit Ribeauvillé pour un bonjour à Trimbach maintenant à la tête de 3 crus mythiques : le sublime Clos Sainte Hune, star incontestée du riesling alsacien, le Frédéric Emile capable, le coquin, de voisiner avec Sainte Hune, et le petit nouveau, le Geisberg qui se pousse du coude comme pas permis ! 🙂 … alors même qu’un quatrième est sous les fonds baptismaux !

Les sites de ces grands du vin allemands :

http://www.scharzhof.de/en/

http://vanvolxem.com/fr/

http://www.schaetzel.de/

http://www.doennhoff.com/

Ce billet doit être lu avec une certaine dose de subjectivité eu égard au fait que pour ma pomme, en blanc, le riesling est « LE » cépage royal capable, plus que tout autre, de générer des émotions à un  niveau d’excellence pure.

Chez Egon Müller, certainement « la » référence en la matière de l’autre côté du Rhin, la discussion, généreusement agrémentée d’un Spätlese 1997 (une jeunesse incroyable avec une richesse en feu d’artifice), tourne autour des crus qui vont être présentés au prochain Villa d’Este Wine Symposium pour une dégustation de prestige qui comprendra, en finale, un ou deux crus dont on parlera encore dans dix ans 🙂

Au restaurant Becker de Trèves (toute bonne adresse : http://www.beckers-trier.de/), – pour ma pomme une classe immédiate de grand vigneron – Egon Müller choisit un cru d’Ernst Loosen pour accompagner un beau Turbot en fricassé, sauce melanosporum. On parle de tout et de rien, avec en thème principal la percée des crus allemands à l’étranger tant il est vrai que les amateurs locaux ne veulent pas suivre une évolution des prix dépassant les € 15 pour un beau Kabinett.

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Sylvain Pitiot et Egon Müller à Villa d’Este

C’est exactement le discours que me tient Roman à Van Volxem, quand bien même, alors qu’il gère plus de 60 hectares, il vient de décider d’investir dans un nouveau chai à plus de 15M d’euros. Toujours passionnant de parcourir dans son bureau les collections de bouteilles vides où la France a une place quasi dominatrice. Il sera l’un des conférenciers à Villa d’Este où il nous dira l’histoire de cette région voisine du Luxembourg et comment sa famille, bien connue en Allemagne, a voulu développer ce vignoble de Wiltingen.

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Roman Niewodniczanski

Chez Schätzel, première visite en Rheinhessen, on fait connaissance avec un jeunot (43 ans) aux dents longues, auréolé récemment de notes uniques chez Parker pour des Kabinett qui sont vraiment singuliers. Des vins à 7,5°, certes avec un sucre résiduel consistant, mais toujours une fraîcheur en finale, bien éloignée de lourdeurs sucrées qu’on trouve encore bien trop souvent dans des Kabinett élevés à la va-vite. Une quinzaine d’étiquettes comprenant pas mal de GG (Grosse Gewächs) et de Grosse Lage. Oui, oui, c’est compliqué mais si vous êtes english-spoken, voilà où trouver des infos sur ce système des VDP : http://www.vdp.de/en/vdp/klassifikation/the-refined-vdpclassification/

Quelques images de ce passage ensoleillé chez sieur Schätzel :

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Ce domaine est une véritable résurrection, le jeune Kai Schätzel ayant une foi totale dans ses terroirs et sa vision du grand vin. Si vous sprechen le teuton, voir sa vidéo ici :

 

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On se croirait chez Loosen ou J.J. Prüm : pentes  comme des noires à Courchevel

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Un vigneron qui vous fait la visite de ses terroirs avec la topette correspondante et de beaux verres idoines, que voulez vous : ça marque !

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Oui : là au loin, c’est Frankfurt. On est à 20 minutes de l’aéroport !

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La famille, même dans les années de crise, a su conserver de nombreux témoignages sur les millésimes passés. Comme à Bourgueil…

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Un jour, je vous dirai l’histoire de l’arrière grand-mère qui a pris burin et marteau pour enlever ce voisin de Erich Ludendorff (https://en.wikipedia.org/wiki/Erich_Ludendorff)

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Déjeuner en terrasse, que des produits faits « maison » et capsules pour les Kabinett alors que pour les GG, là, on reste dans le bouchon de liège.

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Quand ils seront en vente, après les ventes aux enchères, voilà deux crus qui mériteront d’être pris en chasse !

Que retenir de cette visite ? D’abord une région qui a connu une explosion de vignobles  comme peu de régions en ont connue. Mais avec cette évidence que seuls les terroirs en GG peuvent permettre la création de rieslings de référence. Le gros problème est que ce cépage qui requiert autant de soins vigilants que le pinot noir, a impérativement besoin de temps. Si vous n’êtes pas professionnel, tintin la riflette pour juger du potentiel d’un cru de l’année alors même qui si on vous propose un vin de quelques années, ce peut être une explosion de saveurs, de richesse, de finesse, de fraîcheur. Plus que jamais, avec le riesling, on peut dire que le vin vit.

Chez Helmut Dönnhoff (qui vient d’être « papy » avec une petite Laurence) on entre de plus en plus dans ces phases délicates d’allocation où vous avez intérêt à être à l’heure pour récupérer la vôtre et solliciter humblement quelques magnums du Hermannshöhle 2015 (900 magnums en tout et pour tout).

Pour conclure ce petit voyage (l’Allemagne est vraiment remplie d’éoliennes) , disons que c’est quand même sympathique de parcourir un pays où l’amateur peut trouver de très beaux rieslings à moins de € 20 la bouteille (certes : il faut y aller) en sachant que ce sont des vins qui n’auront aucun souci à prendre de la bouteille, a minima une belle décennie. Mais comme partout, achtung à bien choisir ses fournisseurs !

Bon le musée Unterlinden va s’honorer de ma visite : c’est dire s’il y aura tapis rouge 🙂

C’est grave, docteur, ce genre de réflexion ?

Va savoir, Charles ! Du temps des grandes heures …

4 Comments

  1. Deux raisons ont été évoquées : d’une part le fait que ce sont des vins ayant une capacité de vie supérieure à la décennie, et d’autre part, un peu comme à Bordeaux, le « pop » historique que réclament – sans trop le dire – les consommateurs.
    Pour les vieux vins de la cave (photo), la Maison Schätzel en change les bouchons environ tous les 25 ans.

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  2. Le screwcaps est plus réducteur encore que la bouteille bouchée liège. On peut d’ailleurs aujourd’hui régler le degré d’échange gazeux par an …
    Des essais faits à La Louvière montrent de meilleurs résultats au vieillissement avec ce type de bouchage.
    Mais en effet, psychologiquement, il est difficile d’associer le concept de grand vin à ce type d’opercule, surtout en France et en Italie. Il y a des plus plus ouverts.

    salutations.

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  3. Récemment, une conférence DIAM a été organisée pour informer la presse sur les nouveautés de cette maison française.
    Des choses intéressantes avec des modèles de bouchage pouvant être garantis plusieurs décennies.

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