Un billet du 20/12/2009

A la veille des PRIMEURS 2016, cela peut être intéressant de lire ce qu’on écrivait sur Bordeaux en 2009. Je cite :

Hier soir, en rive droite, excellente soirée chez un ami producteur qui nous servit, entre autres, deux belles bouteilles :

Gazin 85. Ce cru a toujours favorisé la finesse, l’élégance, en dehors des modes des années 90/00, par ailleurs en sérieux déclin (les modes). Une belle bouteille, avec ces évolutions vers les arômes de sous-bois qu’on peut aimer ou pas, mais qui, hier soir, étaient en parfaite harmonie avec les mets.

Larcis-Ducasse 59. Bien qu’un peu touché par un bouchon pas très net, la richesse onctueuse du vin a permis d’oublier cette petite faiblesse, mais dieu, que c’est désagréable de passer ainsi à côté d’un très grand vin. Car là, il y a la marque d’un terroir, souligné par une longueur suave, équilibrée et de grande classe. Une très belle bouteille qui aurait pu être une référence en rive droite pour ce millésime.

On parle naturellement de l’évolution des marchés, des spécificités bordelaises où il semble qu’enfin, certains propriétaires ont pris conscience que l’image de Bordeaux doit être très sérieusement reconstruite. C’est heureux de savoir que la famille Cazes est un peu à la tête de ce combat, avec Sylvie Cazes aux commandes de l’UGCB, le fer de lance du haut de gamme. Elle est aussi chargée du futur projet municipal d’un Centre Culturel du Vin et Jean-Michel Cazes reste toujours le big boss à la Commanderie et, qui sait, un de ces jours, quelqu’un du Groupe, à un poste clé du CIVB ?

Ce CIVB : c’est un peu la quadrature du cercle tant il se doit de respecter rigoureusement un équilibre entre tous les cotisants, quand bien même tout le monde sait que ce sont quelques 100 locomotives aux marques réputées qui tirent le train de cette vaste région. Le budget annuel est conséquent, mais les actions menées ou envisagées ne paraissent pas bénéficier de l’audace, de la nouveauté qui leur seraient si nécessaires. Pesanteurs administratives ? Va savoir, Charles…

Mes sources d’informations m’indiquent que le Gouvernement chinois vient d’autoriser quelques fonds officiels à investir dans le vin (i.e. achats en « primeur »), quelque chose qui est loin des habitudes locales, plus portées vers l’acquisition de crus prêts à boire. Inutile de dire à quel point Bordeaux qui « sent » très bien le désamour américain, se lance à corps perdu vers cet espace gigantesque peut-être trop vite perçu comme un facile eldorado.

Primeurs 2009 : verra t’on les grands domaines ne mettre sur le marché que les quantités nécessaires au financement de leurs frais annuels, se gardant des stocks importants pour de juteux bénéfices futurs ? Il faudra bien attendre que les marchés absorbent les énormes volumes mis en vente à bas prix (?) suite aux décisions de Diageo et Southern. Cette campagne « primeurs » 2009 va être observée comme jamais, et gageons que l’UGCB va crouler sous les demandes d’accréditation pour le Grand Tour.

Les réactions américaines seront suivies à la loupe. En effet, si l’habitude d’acheter les grands millésimes absorbera de beaux volumes, les négociants US ne semblent pas oublier qu’avec le 2005, ils n’ont pas pu réaliser les plus-values auxquelles ils s’attendaient. Il leur manque cruellement un beau cash-flow, et les banques feront la sourde oreille. Est-ce que certains iront jusqu’à reporter leurs achats à la date de sortie effective des vins, au risque de les trouver éventuellement plus chers ou simplement de ne pas en trouver assez ? Et quel jeu sera joué par le négoce anglais ?

Toujours à propos du marché chinois : il faudra très vite que chacun comprenne que le consommateur de base n’a strictement aucune notion de l’alphabet français. Si je vous présente deux bouteilles de vin chinois ayant des étiquettes uniquement en chinois, comment allez vous réagir pour votre choix en magasin ? Et  bien , c’est pareil pour eux avec nos étiquettes en français. Ce qui est par contre facile à retenir, ce sont les logos : les flèches des Rothschild leur indiquent clairement la filiation des vins avec le prestigieux Lafite que tous ne peuvent pas s’offrir. La cloche d’Angelus : idem. Il est urgentissime que les propriétaires comprennent à quel point seule une notion de « marque » peut permettre une pénétration plus facile et surtout plus rapide du marché. Suntory, qui a racheté ACS arrive en force et avec un succès évident, avec Beychevelle et Lagrange. Oh, que oui, le chinois aime boire et surtout donne toujours aux produits français un « plus » que nous jalousent tous les autres pays producteurs : voilà un atout qu’il va falloir nourrir, protéger, développer.

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